Le soulèvement du Caire le 21 octobre 1798

La haine des chrétiens couve, latente, dans le peuple pour qui elle est un article de foi. Elle est aggravée par l’extrême sévérité des troupes d’occupation, malgré la façade des fêtes et des démonstrations de Bonaparte. Celui-ci écrit à Menou :
« Les Turcs ne peuvent se conduire que par la plus grande sévérité. Tous les jours je fais couper cinq ou six têtes dans les rues du Caire. Il faut prendre le ton qui convient pour que les peuples obéissent. Et obéir, pour eux, c’est craindre. »
Il faut croire que cette politique n’est pas infaillible, puisque le soulèvement du Caire oblige les Français à se retrancher dans la citadelle, laissant deux jours durant la ville aux insurgés

Le début du soulèvement du Caire contre Bonaparte

Dans la nuit du 20 au 21 octobre 1798 une trentaine de cheikhs et d’émissaires des mamelouks s’étaient réunis clandestinement à la mosquée d’El-Azaar pour fixer, jusque dans les moindres détails, les modalités de l’insurrection. Ils avaient décidé que celle-ci éclaterait le lendemain.
Le 21 octobre, à l’aube, les muezzins montèrent aux balcons de leurs minarets. Mais au lieu d’appeler les croyants à la prière, ils les avaient exhortés à la guerre sainte. La ville était entrée aussitôt en effervescence. Des rassemblements se formèrent sur le seuil des mosquées, où des agitateurs se mirent à les haranguer. La foule leur répondit tantôt par un grondement sourd, tantôt par de bruyantes approbations.
Une première démonstration eut lieu contre les boutiquiers des soukhs : de gré ou de force, on obligea leurs propriétaires à fermer leurs échoppes. Puis un groupe de manifestants marcha sur la maison du cadi Ibrahim Ekhtem, un vieux magistrat d’une haute moralité, connu pour ses sentiments profrançais.
Ils le sommèrent de les accompagner chez Bonaparte, sous prétexte de lui remettre une protestation contre la levée de nouveaux impôts. Ibrahim s’y étant refusé, il fut assommé à coups de gourdin. A peine le cadi eut-il rendu le dernier soupir que des incendiaires commencèrent à mettre le feu à sa demeure. C’était le signal qu’attendaient les insurgés.

La foule du Caire grisée par l'odeur du sang

La foule du Caire est grisée par l'odeur du sang

Trompées par le calme dont la population avait fait preuve jusque-là, les autorités françaises n’avaient pris aucune disposition pour prévenir une insurrection. Ce jour-là, soldats, officiers et savants circulaient paisiblement en ville pour se rendre à leur travail. Ces isolés tombèrent les premiers sous le couteau des égorgeurs. Puis la fureur publique se tourna contre les négociants européens. Leurs comptoirs furent saccagés, leurs caisses pillées et bon nombre d’entre eux sauvagement abattus. Après quoi les insurgés s’en prirent aux musulmans qui avaient fait montre de sentiments -favorables aux Français. Le vice-président du Diwan, le cheikh el-Sadate, appréhendé au moment où il cherchait à s’enfuir, fut rasé, revêtu de l’uniforme d’un soldat assassiné et vendu pour treize piastres au bazar le plus proche.

A partir de ce moment, la foule se crut tout permis. Grisée par l’odeur du sang, elle se mit à ravager toutes les maisons occupées par des Français, que des agents provocateurs lui désignaient au passage. La première à subir ce sort fut celle de Caffarelli. Heureusement pour lui, le général était sorti de bon matin pour aller inspecter les défenses de l’île de Roudah, avec Bonaparte et l’état-major. Sa maison était donc quasi déserte au moment où la populace en enfonça les portes.
Deux ingénieurs des Ponts et Chaussées, Thévenot et Duval, rassemblèrent quelques hommes et se défendirent de leur mieux. Mais que pouvaient-ils faire contre cette masse hurlante et déchaînée ? Ils luttèrent pied à pied et finirent par se retrancher dans les combles de l’immeuble. Mais la foule ne tarda pas à les y rejoindre et les écharpa. Après quoi, ne voyant plus autour d’elle aucun être vivant, elle s’en prit aux instruments de physique et de mathématiques qui avaient été déposés chez Caffarelli, en attendant de trouver place à l’Institut d’Egypte. Cette collection unique, et proprement irremplaçable, fut brisée en mille morceaux.

M. Testevuide, le chef des ingénieurs géographes qui se rendait chez Caffarelli, fut interpellé dans la rue, reconnu et lynché. A cent mètres de là, le dessinateur Duperrès périt les armes à la main. L’ingénieur de La Roche fut laissé pour mort sur le pavé, avec une grave blessure à la tête.
Une heure plus tard, toute la ville était en état de révolte ouverte. Tous les militaires français qui assuraient le maintien de l’ordre dans les quartiers populeux avaient été égorgés. Pensant que plus rien ne s’opposerait à eux, plusieurs milliers d’émeutiers se précipitèrent vers le Trésor public, dans l’intention de le piller. Seule, la défense héroïque d’une douzaine de grenadiers de la 32e demi-brigade les fit reculer.

Les savants de Bonaparte se défendent

La foule se rua alors sur l’Institut d’Égypte et sur le palais Kassim Bey, qu’habitaient les membres de la Commission des Sciences et des Arts. Là, la situation était particulièrement angoissante, car les savants ne disposaient d’aucune protection. Pourtant, ils firent preuve d’un sang-froid remarquable. Ils obstruèrent les portes et les fenêtres de l’immeuble, mirent l’Institut en état de siège et distribuèrent des fusils et des cartouches aux jeunes élèves des Écoles. Une décharge de mousqueterie, tirée des fenêtres du premier étage, sauva la situation: devant cette résistance inopinée, la foule reflua brusquement et s’écoula dans une autre direction.

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