La cour des miracles, les mendiants se font bandits

A la tête de la cour des miracles, un personnage étonnant : le Grand Coesre, ou roi des gueux, maître de ce royaume organisé sur le modèle des corporations.
L’historien Eric Le Nabour le décrit siégeant au milieu de sa cour, assis sur un tonneau, coiffé d’un bonnet d’emplâtres en forme de couronne, revêtu d’une robe d’Arlequin, muni, en guise de sceptre, d’une fourche aux dents de laquelle est suspendue une charogne.
Pour circuler, il emprunte ne charrette tirée par deux énormes chiens.

Miracle…
(Dictionnaire historique de Paris, 1779)
Ce terme, qui qualifie la cour, évoque les faux mendiants. Afin d’escroquer les honnêtes gens, ils contrefont les borgnes, les aveugles et les moribonds « mais ne sont pas plutôt de retour chès eux, qu’ils se dégraissent, se débarbouillent et deviennent sains et gaillards en un instant, et sans miracle ».

Les mendiants de Paris deviennent des bandits redoutables

La cour des miracles est faite de mendiants professionnels et de vagabonds le jour qui, nous l'avons vu, deviennent la nuit des bandits redoutables

Les origines de la Cour des Miracles sont certainement très lointaines. Elle remonte, vraisemblablement au Moyen Age si l’on en croit les historiens comme Sauvai ou Marcel Le Clère, les auteurs comme Boileau, Victor Hugo ou Robert Jean Boulan…
C’était un grand cul de sac situé près de la rue Neuve Sauveur où l’on accédait par une longue pente tortueuse et raboteuse. Alors elle était enclose par l’ancien mur d’enceinte de la ville dont il ne restait guère que des tours en ruines. Elle couvrait l’emplacement actuel du passage Sainte-Foy, les passage et place du Caire et la rue du Nil. Grosso modo elle était bordée par les rues St-Sauveur, des Petits Carreaux, du Caire et St-Denis. Il n’en reste d’ailleurs que le souvenir entre les rues de Damiette et des Forges.
Sa population est difficile à évaluer car elle est fluctuante, faite de mendiants professionnels et de vagabonds le jour qui, nous l’avons vu, deviennent la nuit des bandits redoutables. Au XVIIe siècle il y avait sans doute un millier de familles installées sur place, plusieurs milliers de voleurs et criminels définis comme tels et 30 000 faux mendiants. C’est énorme pour Paris qui compte à peine 500 000 habitants.

Le grand Coësre, chef de la cour des miracles

Le chef de la Cour des Miracles est le grand Coësre ou Maître de Hongrie, prince de l’argot… C’est un personnage typique. Sur la tête il porte un bonnet orné d’emplâtres en forme de couronne faite le plus souvent avec des bouchons. Il est habillé d’une cape d’Arlequin attachée sous la gorge par une tête de matraz appelée bouzon. En guise de sceptre il tient à la main gauche un bâton de pommier et une rapière pend à son côté droit. Ses jambes en général découvertes, laissent voir des couleurs de pourriture car il est aussi le roi des faux mendiants…
Il se promène dans une sorte de charrette tirée par deux gros chiens ou tient table ronde de « la genserie », assis sur un tonneau. Sa barbe embroussaillée, sa trogne vermeille et ses guenilles multicolores lui donnent grand air, du moins ses acolytes le pensent. Dans les grandes occasions il plante sa bannière près de lui. C’est une fourche aux dents de laquelle pend une charogne. A une certaine époque il est assisté de ses 2 fils, surnommés Roi de Thunes et Duc d’Egypte, de sa femme Bohème et de sa fille Miracle.

Les cagous, les lépreux, les moines défroqués, les bossus, les unijambistes...

La cour des miracles est composée de mendiants, de lépreux, de moines défroqués, de bossus, et d'unijambistesMais ses véritables lieutenants sont les cagous ou voleurs. A l’origine, ils affirmaient avec impudence qu’ils étaient des lépreux maudits, relégués loin des villes. Viennent ensuite les archi-suppôts, les moines défroqués, les escholiers perdus, les mercandiers qui se font passer pour des marchands ruinés et les riffodés pour les victimes d’un incendie.
Il y a aussi les convertis qui attirent les aumônes en se disant d’anciens protestants touchés par la grâce et les coquillards qui se mettent des coquilles sous les vêtements. De cette façon ils font croire qu’ils viennent d’un lointain pèlerinage. Le Grand Coësre règne enfin sur la foule des francs mitous. Nous trouvons parmi eux les malingreux dont les jambes sont passées à l’éclaire et au sang de bœuf pour faire croire à de fausses plaies. Certains ont de fausses difformités (bossus, culs de jatte, unijambistes, manchots, boiteux, éclopés). Ils invoquent les saints guérisseurs comme St-Fiacre qui guérit les hémorroïdes ou St-Clair les maladies des yeux… Ils sont suivis des hubains ou hubins qui montrent des certificats attestant qu’ils ont été mordus par un chien enragé. Ils crient très fort que St-Hubert les a guéris. Les Sabouleux simulent le haut mal, ils enseignent d’ailleurs à la Cour des Miracles l’art d’écumer, comme un épileptique, en mâchant un morceau de savon. Les Callots se disent guéris de la teigne parce qu’ils ont fait le pèlerinage de Sainte-Reine.
Il y a encore les hydropiques qui se gonflent ou dégonflent à volonté, les courtaux de Coutanches qui sont d’habiles pickpockets, les piètres et les mions, enfants volés dressés à la mendicité. Les drilles et narquois forment une catégorie à part. Soldats déserteurs ou faux soldats, ils portent des bandages pour faire croire à leurs blessures; en général ils ont un genou ou un bras emmailloté.

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