La fin de la belle époque pour les U-boote

Une fois que les forces d’escorte eurent reçu les avions et les navires indispensables, équipés d’armes nouvelles, ce fut la fin de la « belle époque » pour les U-boote.

La belle époque pour les U-boote est terminée en mai 1943

Une amélioration subite de la situation des Alliés dans la bataille de l'Atlantique et la fin de la belle époque pour les U-Boote

L’amélioration subite de la situation des Alliés semblait presque miraculeuse; en fait, elle représentait l’aboutissement de longs mois d’efforts poursuivis par leurs techniciens dans toutes les disciplines. Des physiciens s’étaient attelés au perfectionnement des instruments de détection; des statisticiens avaient évalué la valeur des armes employées au combat; les responsables des plans militaires avaient réussi à éliminer les contradictions dans la stratégie et les erreurs dans la tactique. Tous ces efforts dispersés faisaient penser à l’assemblage d’un gigantesque puzzle, auquel on aurait finalement procédé à la fin du printemps 1943.
A l’époque, le tonnage des navires construits chaque mois par les Alliés était déjà largement supérieur au tonnage coulé. Les Américains à eux seuls réalisaient des prodiges. Au cours du seul mois d’avril, ils construisirent plus d’un million de tonnes de navires de commerce, soit quatre fois ce qu’ils avaient construit pendant l’année 1939. Parallèlement, les États-Unis augmentaient leur production de navires de guerre, mieux adaptés à la défense des convois contre les U-Boote, avec de nouveaux porte-avions d’escorte pouvant embarquer jusqu’à 30 appareils et des destroyers d’escorte pouvant filer de 17 à 24 noeuds.
Le nombre croissant de navires d’escorte disponibles ainsi que la vitesse plus grande des nouveaux navires de commerce permirent de constituer, pour le transport des marchandises essentielles, des convois rapides au sein desquels les bâtiments étaient disposés en formation nouvelle: ce que l’on appela « l’écran en ligne courbe ». Au lieu d’entourer le convoi sur tous les côtés, les navires d’escorte naviguaient devant les bâtiments de commerce, certains d’entre eux directement sur l’avant, et un au moins sur chaque arc formé par le convoi. La nouvelle formation permettait de protéger le convoi des attaques les plus probables (en l’occurrence celles de sous-marins se tenant en embuscade), pendant que la rapidité du convoi lui-même diminuait les risques d’une attaque par l’arrière.
Dans les airs, la puissance des Alliés ne cessait de se renforcer. Mois après mois, le « trou noir » du Groenland se rétrécissait, et les U-Boote subissaient des attaques à la bombe dans des zones où ils pensaient bien être à l’abri de la menace. A l’est et à l’ouest du trou noir en Grande-Bretagne, au Groenland, en Islande et à Terre-Neuve, les aérodromes étaient encombrés de Forteresses volantes et de Catalinas (en haut) disposant d’un rayon d’action de 400 à 600 milles, ainsi que de Liberators à très grand rayon d’action également, capables de voler jusqu’à 1000 milles de leurs bases et de patrouiller au moins pendant quatre heures avant de faire demi-tour.
Ces avions, qui pénétraient de plus en plus profondément dans le trou noir du Groenland, transformèrent en souricière pour les U-Boote ce qui avait été pour eux un véritable terrain de jeux. Plus d’un commandant de submersible, surpris par une attaque venue du ciel, dut se rappeler amèrement une remarque fait par Dônitz au début de la guerre et qui avait largement circulé parmi les sous-mariniers:
« Un avion ne peut pas davantage détruire un U-Boot qu’une corneille ne peut tuer une taupe. »

Un radar plus perfectionné contre les U-Boote

Dönitz pensa un moment que la précision avec laquelle les avions alliés fondaient sur les submersibles signifiait qu’il y avait des traîtres dans les rangs allemands. Mais une enquête n’aboutit à aucun résultat. En réalité, ce qui trahissait la position des U-Boote était une nouvelle version du radar mise au point par les Anglais, le radar centimétrique. Plus précis et plus puissant que le radar précédent qui fonctionnait sur des longueurs d’ondes plus longues, te radar centimétrique offrait aussi l’avantage de se présenter sous une forme compacte, avec une antenne de faible dimension, ce qui facilitait son installation à bord des navires ou des avions.
Dönitz connaissait naturellement l’existence du radar (les Allemands eux-mêmes faisaient de grands progrès dans ce domaine), mais le secret du radar centimétrique était bien gardé par les Alliés.
Les techniciens anglais avaient depuis longtemps étudié la mise au point d’un faisceau radar si étroit et si aigu que les échos réfléchis par un corps quelconque ne seraient pas brouillés par les interférences provoquées par les vagues. Obtenir un tel faisceau exigeait l’emploi d’une très grande antenne, encombrante sur un navire et à plus forte raison sur un avion, ou l’utilisation de longueurs d’ondes très courtes, mesurables en centimètres et non plus en mètres comme c’était le cas auparavant. Plus la longueur d’ondes était courte, plus le faisceau était étroit. Moins sensible par conséquent aux interférences, il révélait l’objectif non seulement avec une plus grande précision, mais aussi avec une plus grande netteté.
Il fallait donc un émetteur capable de produire des ondes à très haute fréquence, dont la longueur ne dépasserait pas quelques centimètres. A la fin de 1939, deux physiciens britanniques de l’université de Birmingham, John Randall et Harry Boot, réussirent à mettre au point un tel appareil, auquel ils donnèrent le nom ésotérique de «magnétron à cavité». Un observateur le décrivit simplement comme « un court cylindre de cuivre de la dimension d’une mince boîte de tabac ».
Cette petite taille se révéla précieuse. Un prototype du magnétron à cavité put prendre place dans une boîte noire bourrée, par ailleurs, de plans et de documents secrets, qu’emporta une délégation de grands savants britanniques conduite par sir Henry Tizard aux Etats-Unis en août 1940. Au moment où la Grande-Bretagne restait seule à combattre l’Allemagne et craignait d’être envahie, cette mission allait proposer aux Américains de leur livrer des secrets scientifiques anglais en échange de leur aide dans plusieurs domaines scientifiques. La présentation du magnétron facilita beaucoup les choses. « Il s’agit du produit le plus précieux jamais apporté sur notre sol », dit un Américain. L’ère du radar centimétrique s’ouvrait et, au milieu de 1943, un nombre suffisant de navires et d’avions en étaient équipés pour créer la panique parmi les U-Boote.

La version Allemande du radar centimétrique

Les Allemands apprirent l'existence du radar centimétrique pour la première fois en février 1943 et ce fut la fin de la belle époque pour les U-boote

Les Allemands disposaient d’un appareil de détection radar, le Metox, mais celui-ci ne servait qu’à la détection des ondes décimétriques. Il consistait en une antenne en forme de croix, en bois et comportant un grillage métallique, installée sur la passerelle des U-Boote; un câble reliait l’appareil à l’intérieur du sous-marin. Les impulsions captées indiquaient le moment où un submersible se trouvait dans le faisceau d’un radar ennemi, avec un délai suffisant pour permettre au commandant de donner l’ordre de plonger.

Indépendamment de son incapacité à détecter les ondes centimétriques, le Metox présentait le grave inconvénient de devoir être démonté et rangé à l’intérieur du sous-marin à chaque plongée, puis de devoir être remis en place si l’on voulait s’en servir une fois revenu en surface. De plus, ses signaux étaient difficiles à interpréter; ils variaient d’un simple bourdonnement à un sifflement difficilement supportable. Un commandant d’U-Boot pouvait purement et simplement débrancher l’appareil « pour ne pas devenir fou », comme l’expliqua l’un d’eux.
Les Allemands apprirent l’existence du radar centimétrique pour la première fois en février 1943. Des inspecteurs de la Luftwaffe, qui examinaient l’épave d’un bombardier de la R.A.F. abattu près de Rotterdam découvrirent une boîte portant l’inscription au crayon « Experimental 6 ». Ils confièrent leur trouvaille à un laboratoire de la Luftwaffe à Berlin, et les experts purent se rendre compte, en dépit des dommages subis par l’appareil, que les Anglais avaient mis au point un type de radar qui, jusqu’a ce jour, avait été jugé irréalisable en Allemagne.
Le chef de la Luftwaffe Hermann Goering ordonna un vaste programme de recherche. En mars, la R.A.F. réussit à bombarder le laboratoire, mais les ingénieurs parvinrent à retrouver l’appareil dans les décombres encore fumants du bâtiment. Finalement, on mit au point une version allemande que l’on essaya au sommet d’une tour de radio. Ses résultats surprirent les techniciens: en dépit d’une mauvaise visibilité, des objets distants de 35 kilomètres s’inscrivaient sur l’écran avec une précision extraordinaire. Des représentants de la marine qui assistaient à l’essai n’eurent, comme devait le dire un historien, « qu’à jeter un coup d’oeil sur l’écran pour comprendre pourquoi les pertes en U-Boote avaient été si effrayantes au cours des tout derniers mois. »
Goering ordonna immédiatement la fabrication de la version allemande du radar centimétrique et la mise au point d’un appareil capable de détecter les faisceaux d’ondes du modèle anglais. Il alla jusqu’à retirer 10000 techniciens aux forces armées pour les consacrer à ces tâches. Mais, lorsque cet effort gigantesque porta ses fruits, il était trop tard: la balance avait déjà penché de façon décisive en faveur des Alliés dans la bataille de l’Atlantique.
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