Les attaques des U-boote au coeur de l'Atlantique en 1943

C’était dans les « brèches » au cœur de l’Atlantique que les U-boote se groupaient et continuaient à trouver des convois dépourvus de protection aérienne. Dans ces zones, les attaques d’une meute comportaient tant de sous-marins qu’elles submergeaient les escortes de surface et assuraient une riche moisson.

Les dangers du trou noir dans la bataille de l'Atlantique

Les dangers du trou noir dans la bataille de l'Atlantique

Le secteur sur lequel Dönitz porta ses regards pour la reprise de la tactique des meutes fut une bande de plusieurs centaines de milles de large, s’étendant d’un point au sud du Groenland à un point situé approximativement à mi-chemin de l’Océan. Cette partie de l’Atlantique jouissait d’une situation privilégiée dans la mesure où, qu’ils fussent basés au Groenland, en Islande, en Grande-Bretagne ou en Amérique du Nord (les porte-avions d’escorte n’avaient pas encore rejoint la bataille), les avions ne pouvaient l’atteindre. C’est la raison pour laquelle on désignait ce secteur sous le nom d’air gap (lacune dans la protection aérienne), mais les vétérans des convois sur l’Atlantique préféraient l’appeler plus crûment the black pit «le trou noir».
Dans ce secteur, les U-Boote opéraient sans trop de risques. Dönitz les plaça en barrage sur les flancs de l’«air gap» pour intercepter les navires qui allaient y pénétrer de l’est ou de l’ouest. Il disposait de plus de sous-marins qu’il n’en avait jamais eu pour appliquer la tactique des meutes et organiser les plus grandes attaques groupées de la guerre. Les résultats furent à la hauteur de ses moyens: en novembre, 637000 tonnes de navires alliés furent coulées, total le plus élevé jamais enregistré en un mois. Mais, au cours des deux mois suivants, les pertes chutèrent brutalement. Tout comme les convois, les U-Boote durent compter avec des tempêtes encore plus violentes que celles de l’année précédente.
Si l’on en croit le témoignage du commandant John Waters Jr., de l’escorteur américain Ingham qui en affronta une au cours d’un convoyage au large de l’Islande en janvier 1943, ces tempêtes étaient « du genre de celles que les marins les plus expérimentés et les plus aguerris ont rarement l’occasion de rencontrer au cours de leur vie. »

Dönitz remplace Reader

Tandis que sur l’Atlantique Nord le mauvais temps sévissait, une conférence se tenait sous le soleil d’Afrique du Nord, réunissant, dans un hôtel étroitement gardé de la périphérie de Casablanca, Roosevelt et Churchill, ainsi que leurs responsables militaires. Pendant dix jours, les deux hommes d’État firent le point de la situation, théâtre d’opérations par théâtre d’opérations, puis ils définirent la politique qu’ils allaient suivre. Ils fixèrent l’ordre des priorités et décidèrent de placer en tête de liste la lutte contre les sous-marins. Ils convinrent d’y consacrer plus que des moyens matériels: désormais, les commandants américains, britanniques et canadiens se devraient d’harmoniser et de coordonner leurs efforts plus efficacement.
Le communiqué final de la conférence de Casablanca dont le monde ne connut l’existence qu’une fois Roosevelt et Churchill rentrés dans leur pays respectif indiqua seulement qu’il fallait s’attendre « à une intensification de la guerre sur terre, sur mer et dans les airs ». Il concluait sans autre précision: « Le Président, le Premier ministre et les membres de leurs états-majors ont mis au point leurs plans pour les offensives de 1943 et se sont séparés pour exécuter ces plans activement et de manière concertée. »
Cette nouvelle ne troubla pas Dônitz le moins du monde.
Cinq jours après la diffusion du communiqué, Hitler le nomma commandant en chef de la marine allemande, en remplacement de Raeder, en poste depuis quinze ans. Une affaire qui avait rendu Hitler fou furieux était à l’origine de la disgrâce de Raeder. Le 31 décembre 1942, deux des plus grands navires de guerre allemands, le cuirassé de poche Lützow et le croiseur lourd Hipper, avaient attaqué un convoi allié au large de la Norvège. Or, pendant quatre heures, l’escorte britannique, qui ne comprenait pourtant que cinq destroyers, les avait tenus en échec et ils n’étaient parvenus à endommager qu’un seul navire de commerce avant de se retirer à l’arrivée de deux croiseurs britanniques. Ayant vertement tancé Raeder une heure et demie durant, Hitler le nomma inspecteur général de la Marine, poste sans responsabilités, créé pour l’occasion.
Connaissant les arcanes du monde politique nazi, Dônitz se sentait capable d’éviter un conflit entre les idées superficielles de Hitler au sujet de la guerre navale et ses propres conceptions. Dans ses fonctions, il pouvait désormais affecter tout ce qui lui semblait nécessaire (nouvelles unités, personnel, équipement) à la flotte sous-marine.

Un mois de mars 1943 triomphal pendant la bataille de l'Atlantique

les U-Boote connurent un mois de mars 1943 triomphal. Ils coulèrent 41 navires alliés dans les dix premiers jours du mois

Le temps s’étant un peu amélioré, les submersibles connurent un mois de mars 1943 triomphal. Ils coulèrent 41 navires alliés dans les dix premiers jours du mois, 54 autres dans les dix jours suivants, soit près de 500000 tonnes. Le total du mois (567000 tonnes) se révéla à peine inférieur au chiffre record du mois de novembre précédent et apparut aussi plus significatif: les deux tiers des navires coulés l’avaient été alors qu’ils naviguaient en convoi. Sui les 51 bâtiments d’un convoi, 13 avaient été torpillés sans la moindre perte pour les attaquants; sur les 90 navires d’un autre convoi, 21 avaient été envoyés par le fond, tandis qu’un seul des 40 U-Boote ayant participé à l’attaque n’était pas rentré à sa base.
Au siège de l’Amirauté à Londres, une vague de désespoir atteignait les responsables de l’amélioration de la protection des convois. Ils reconnurent plus tard que jamais les Allemands ne furent plus près d’interrompre le trafic sur l’Atlantique Nord que durant les vingt premiers jours de mars.
L’historien officiel de la marine britannique, le commandant Stephen W. Roskwill, a fort bien résumé le problème qui se posait à l’Amirauté. En trois ans et demi de guerre, le système des convois était devenu « la pierre angulaire de notre stratégie navale », écrivit-il. Si ce système avait perdu de son efficacité, à quoi l’Amirauté aurait-elle pu recourir? Elle n’en savait rien; mais elle dut avoir la sensation, bien que personne ne voulût l’avouer, que le spectre de la défaite se rapprochait à grands pas.
Cependant, en deux mois à peine, la situation se transforma totalement: en avril, les U-Boote ne coulèrent que 277000 tonnes, soit moins de la moitié du chiffre de mars, et en mai que 212 000 tonnes. Plus réconfortant encore pour les Alliés fut l’accroissement du nombre des sous-marins détruits: 15 en avril et 41 en mai.

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