La bataille des Tuileries (9 et 10 août 1792)

Vers les neuf heures, l’énorme grille interdisant l’accès de la cour Royale, s’abat avec fracas sous les coups des soldats fédérés…
Les antagonistes se trouvent face à face… Un instant, la foule se calme… Une entente est encore possible…
Mais soudain, tiré de l’une des fenêtres du palais, un coup de feu est parti ! C’est fini : les habits rouges et les habits bleus vont se teinter de sang.

La cour des Tuileries jonchée de morts

La cour des Tuileries est jonchée de morts

Le départ du roi avait créé un certain flottement dans les rangs qui se mêlèrent. A neuf heures, de Boissieu donna l’ordre d’abandonner les postes dans les cours et de se retirer dans le château, sans doute afin de rompre toute tentative de fraternisation avec les insurgés. Presque aussitôt, le maréchal de Mailly fit passer la consigne de ne pas se laisser forcer.
Les insurgés du Carrousel essayaient d’enfoncer les portes des cours en les frappant à coups redoublés. Le portier de la cour Royale, voyant celle-ci évacuée par les défenseurs du château, leva la poutre qui fermait la grande porte.
Les Marseillais et les faubouriens entrèrent, se glissant le long des murs. Ils firent bientôt signe aux Suisses avec leurs chapeaux et leur promirent de les bien traiter s’ils passaient du côté de la nation. Les plus hardis pénétrèrent dans le vestibule, dont on ne s’explique pas que la porte ait été laissée ouverte.
Les officiers craignirent que la fraternisation ne leur enlevât leurs hommes. Un coup de feu, probablement tiré par un de ces aristocrates qui étaient venus renforcer la garde du château, partit du haut de l’escalier contre les Marseillais. Ce fut le signal d’une mêlée générale.
Au commandement des officiers, les Suisses et les grenadiers firent feu à leur tour du premier étage dans la cour, du haut de l’escalier dans le vestibule. Les gentilshommes rangés dans la galerie du Louvre prirent part à la fusillade. Morts et blessés jonchèrent le sol. Parmi ceux-ci, le commandant des Marseillais, Moisson, fut atteint un des premiers. Surpris, trahis, les fraterniseurs, un moment atterrés, ripostèrent.
Profitant de leur trouble, le capitaine Durler rassembla 200 Suisses pour une sortie. A leur tête, il balaya la cour Royale et s’empara dans sa charge de quatre canons qui ne lui servirent de rien, parce qu’ils étaient sans munitions. Les grenadiers des Filles-Saint-Thomas et des Petits-Pères s’empressèrent de les enclouer avec les baguettes de leurs fusils. Emporté par son élan, Durler pénétra au Carrousel sur les talons des fuyards. Humain autant que brave, il commanda à ses hommes d’épargner un poste de quinze à vingt Marseillais qu’il trouva cachés derrière une guérite. Il les fit prisonniers et leur indiqua les moyens de s’évader.

Les défenseurs abandonnent la cour des Tuileries

Il y eut un moment de grande panique. Les fuyards déferlaient par les rues avoisinantes jusqu’à l’Hôtel de Ville. La Commune insurrectionnelle se hâta de rassembler des renforts. Panis et Sergent griffonnèrent ce billet : De la poudre! De la poudre! pour différents détachements à la mairie… Rien de si pressé que cette poudre et qu’on nous dise en quelles mains elle est maintenant à l’Arsenal pour qu’au nom de la Commune nous y envoyions directement.
Le bruit courut un instant que les Suisses étaient victorieux. Du côté du jardin des Tuileries, ils avaient fait une sortie sous la conduite du capitaine de Salis et s’étaient emparés de trois canons.
Mais la ferme conduite des Marseillais et des Brestois et du faubourg Saint-Marceau, l’arrivée des troupes de Santerre au moment critique, le passage des gendarmes à l’insurrection décidèrent du succès de celle-ci.
Les canonniers de Marseille arrêtèrent l’élan des Suisses sur le Carrousel par des coups de mitraille qui les décimèrent. Durler, resté presque seul, dut rentrer dans la cour Royale.
C’était le moment où les troupes du faubourg Antoine, amenées par Alexandre, se présentaient enfin par la rue Nicaise. Elles mirent aussitôt leurs canons en batterie et renforcèrent le feu des Marseillais et du faubourg Saint-Marceau. Déjà la gendarmerie à cheval avait quitté le Petit Carrousel pour charger les Suisses de la cour de M arsan.
Fournier l’Américain s’est vanté d’avoir fait mettre le feu dans les baraquements des Suisses pour les épouvanter et les forcer à quitter les cours. Nous manquions de papier, dit-il, pour allumer le feu en divers endroits. Des assignats en tinrent lieu. Rien ne coûte quand il s’agit de remplir un grand but.
Mitraillés, enfumés, débordés par le nombre toujours renouvelé des assaillants, les Suisses avaient peine à se maintenir dans les cours. Vers onze heures, le maréchal de camp d’Hervilly, sans arme et sans chapeau, accourut à travers les coups de fusil en leur criant de cesser le feu de la part du roi et de se retirer dans l’Assemblée nationale.

La retraite sur l'Assemblée

La retraite des Gardes suisses au palais des Tuileries tourne au désastre

On réunit les tambours qui n’avaient pas péri, on fit battre l’Assemblée [le rassemblement], et malgré la grêle des balles qui tombaient de toutes parts, on parvint à ranger les soldats comme à un jour de parade. Pour couvrir la retraite, on pointa deux des pièces enlevées aux assaillants et qui se trouvèrent encore chargées, contre le vestibule, à côté de la grille. M. de Durler y plaça deux hommes avec ordre de lâcher leur coup de fusil sur la lumière [de mise à feu] si l’on était poursuivi… La traversée du jardin fut extrêmement meurtrière. Il fallut soutenir un feu très vif de canon et de mousqueterie qui partait de trois points différents : la porte du Pont Royal, celle de la cour du Manège, et la terrasse des Feuillants. M. de Gross eut la cuisse cassée d’une balle, il tomba près du bassin, auprès du groupe d’Aria et de Poetus. »
Arrivés à l’Assemblée, ces suisses sont conduits au poste de garde des Feuillants, où le roi leur fait porter l’ordre écrit de se laisser désarmer. Du coup, on peut même les déshabiller.

Déjà les patriotes occupent le Carrousel ; ils ont reçu des renforts, de nouveaux canons. Et d’autres détachements attaquent maintenant par le jardin.
« Une partie des suisses qui occupaient les appartements n’avait pu se joindre au détachement qui se retirait sur l’Assemblée nationale. Ils descendirent au moment où les Marseillais entraient dans le château, et ayant trouvé chargées les pièces que M. de Durler avait laissées, ils y mirent le feu, ce qui leur donna le temps d’opérer leur retraite par le jardin… Les suisses épars dans les divers postes du château et dans les cours n’avaient pas été prévenus de la retraite qui venait d’être ordonnée ; entendant les derniers coups de canon qui furent tirés sous le vestibule, ils se replièrent la plupart sur le grand escalier. Quatre-vingts suisses environ défendirent ce poste contre la foule innombrable des assaillants ; ils en tuèrent quatre cents avant de céder. Ils soutinrent le choc pendant vingt minutes, et tous furent massacrés ; aucun n’essaya de se sauver par la fuite…
Un moment après, le sergent Stofel, de Mels, canton de Saint-Gall, commandant quinze hommes qu’il avait ramenés de divers postes, se fit jour jusque sous le vestibule, où se trouvaient les canons qui venaient d’être abandonnés et que les Marseillais gardaient. Il s’empara de trois ; il les défendit quelque temps et fit enfin sa retraite sur l’Assemblée.»

Mais les retraites sur l’Assemblée tournent au désastre : « Au moment où le feu commença, les deux cents gentilhommes (présents au château) se portèrent dans la salle des gardes de la reine, afin de délibérer sur ce qu’il y avait à faire dans une circonstance aussi critique. Il y avait déjà une demi-heure que le feu des cours durait, lorsqu’ils résolurent de se rendre auprès du roi à l’Assemblée nationale. Ils rallièrent tous les suisses qui se trouvaient dans cette partie du château, quelques gardes nationaux, et l’on descendit dans le jardin au nombre d’environ trois cents personnes. C’était par la grille de la reine, que l’on brisa, qu’il fut possible de sortir du château ; mais, comme on ne pouvait y passer qu’un à un, et qu’on était à trente pas des bataillons postés à la grille du pont royal, cette sortie était extrêmement dangereuse.
« Cette petite troupe, précise Pfyffer, s’était d’abord dirigée sur l’Assemblée et y fut reçue à coups de fusil ; elle se porta au Pont Tournant et le trouva fermé ; enfin, elle put sortir par le jardin du dauphin. Arrivés à la place Louis-XV, la gendarmerie à cheval chargea les suisses ; la plupart furent massacrés.»

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