L'envers du décor de Versailles, le château des besoins

C'est un cliché souvent répété mais qui correspond à la réalité: dans le plus beau château du monde, on se soulage n'importe où, de préférence derrière les rideaux.
« Les gens pissent dans tous les coins », se plaint la princesse Palatine, épouse de Monsieur. La France montre en ce domaine un retard certain par rapport l'Angleterre qui expérimente des chasses automatiques.
A la fin du XVII siècles à Versailles, quasiment pas de latrines publiques et aucune tuyauterie on se contente de chaises percées dont les tapissiers font de véritables objets de luxe, en les recouvrant d'un velours dispendieux

Les délices de la chaise percée
Emblématique de l'évolution des mœurs, Saint-Simon ne considère pas gratifiant de devoir assister en public aux besoins naturels des grands de ce monde.
Il cite, avec un mépris non dissimulé, le duc de Vendôme, coupable de passer des heures sur sa chaise percée, d'y converser, d'y écrire des lettres. Le tout dans une hygiène tout à fait approximative:
"Là, il déjeunait à fond, et souvent avec deux ou trois familiers, rendait d'autant, soit en mangeant, soit en écoutant ou en donnant ses ordres, et toujours force spectateurs debout."

A Versailles, deux toilettes pour 3000 courtisans

C'est un cliché souvent répété mais qui correspond à la réalité: à Versailles on se soulage n'importe où, de préférence derrière les rideaux

On assiste, sous Louis XIV, à une amélioration du système d’évacuation des eaux usagées : les fosses d’aisances furent peu à peu fermées à l’aide d’une maçonnerie ; elles devinrent par conséquent étanches, ce qui permettait d’éviter la pollution de la nappe phréatique. Une telle évolution est perceptible au Louvre, dans les bâtiments royaux parisiens, ainsi qu’à Versailles. C’est sous Louis XIV en effet que les quatre fosses souterraines du château furent maçonnées et reliées entre elles par un égout.
Si le roi disposait de ses lieux d’aisances personnels, il existait aussi des lieux à usage public telles les latrines derrière l’encoignure du grand escalier, l’escalier des Ambassadeurs ou bien les coulettes des pierres à uriner des galeries de la grande aile. Mais ne nous leurrons pas : si ces installations de propreté ont le mérite d’exister, elles ont leurs limites. Des limites quantitatives d’abord : en 1685, à Versailles, Louis XIV était le seul à disposer d’une salle de bains ; les autres habitants du château devaient se contenter de se laver à la cuvette. De même, outre les quatre fosses d’aisances, situées sous les appartements de la famille royale, il n’existait aucune autre installation sous les ailes nord et sud, là où les courtisans étaient logés. Les 3 000 personnes résidant à Versailles devaient donc se satisfaire des deux toilettes publiques qui y avaient été aménagées ! Il arrivait fréquemment que les courtisans déversent le contenu de leur pot de chambre par les fenêtres du château… Versailles était bien un palais sale : les excréments qui jonchaient le sol des cours et des jardins en faisaient une véritable infection.

Pisser contre la tapisserie !

En 1710 on compte 35 toilettes au château de Versailles

Outre ces limites quantitatives, l’évolution de l’hygiène rencontra aussi des limites culturelles: il aurait en effet fallu, pour que les fosses d’aisances fermées constituent réellement un progrès, qu’elles soient régulièrement vidangées, voire que l’on daigne tout bonnement s’en servir, ce qui n’était pas toujours le cas.
Furetière rapporte ainsi que le comte Louis de Brancas, chevalier d’honneur de la reine Anne d’Autriche, n’hésitait pas à quitter la main de la reine pour pisser contre la tapisserie !
Dans la ville de Versailles, les fosses d’aisances n’étaient pas régulièrement vidées : elles débordaient et infestaient le voisinage. Il ne s’agissait d’ailleurs souvent que de simples tonneaux dont on déversait le trop-plein dans les cours des maisons ou dans les faubourgs de la ville.
Le commissaire de police Pierre de Narbonne dressa ainsi durant la première moitié du XVIIIe siècle de nombreux procès verbaux contre les propriétaires négligents. Le bailli et le lieutenant général de police de la ville finirent quant à eux par placarder des règlements rappelant aux habitants dépourvus de fosses d’aisances l’interdiction de jeter leurs eaux usées par leurs fenêtres, tant de jour que de nuit.

La terrible typhoïde de 1734

A Versailles, les habitants n'hésitaient pas à brancher leurs fosses d'aisances sur les aqueducs de drainage qui se déversaient dans l'étang de Clagny, où la population s'approvisionnait en eau.

Il y eut pourtant pire : les Versaillais n’hésitaient pas à brancher leurs fosses d’aisances sur les aqueducs de drainage qui se déversaient dans l’étang de Clagny, où la population s’approvisionnait en eau et en carpes braconnées. L’insalubrité de la ville ne fit donc que croître lors de la première moitié du XVIIIe siècle. Elle fut d’ailleurs à l’origine de la terrible épidémie de typhoïde qui emporta en 1734 la moitié de la population versaillaise.
Face à cette catastrophe sanitaire directement liée à la pollution des eaux urbaines, le bailli de Versailles prit dans les années 1730 des mesures de salubrité publique : les immondices et les eaux usées s’écoulant dans les rues furent éliminées, l’étang de Clagny asséché puis loti, le cimetière déplacé à l’extérieur de la ville, enfin de nouveaux égouts construits.
Confronté à l’urgence de la situation, le directeur des Bâtiments du roi décida d’alimenter les fontaines de Versailles en eau pure, et d’y conduire les eaux de la Seine grâce à la machine de Marly : au moyen de 14 roues à aubes et de près de 250 corps de pompes, celle-ci élevait l’eau à 160 mètres au-dessus du fleuve. Il s’agissait en fait de la plus grosse mécanique hydraulique jamais construite par l’homme.
Cette politique de salubrité publique fut un succès : la maladie put être enrayée.

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