Le convoi PQ-17 dans l'Arctique en juin 1942

Churchill décide de faire appareiller le P0-17 au coeur de l’été, quitte à détourner certains
moyens de Méditerranée. Le 27 juin 1942, 35 navires marchands mouillent dans la grande baie de Reykjavik, prêts à partir.

Les marins du convois
Pour le commodore Dowdind, commandant le P0-1 7, le respect du règlement par les différents navires est un défi de tous les instants. En effet, selon leur origine professionnelle, leur nationalité et leur fonction à bord, les marins ne réagissent pas tous de la même manière aux instructions strictes qui régissent le bon ordonnancement d’un convoi. Les équipages anglais sont placés sous l’autorité directe de la Royal Navy puisque la marine marchande a été réquisitionnée par le gouvernement pour la durée du conflit. Ils doivent donc obéir sans rechigner, malgré des conditions de vie difficiles à bord. Ils ne choisissent ni leur embarquement, ni la fréquence de leur mission mais, en guerre depuis 1939, acceptent ces contraintes : ils portent d’ailleurs un uniforme et doivent respecter une certaine discipline.
À l’opposé, les matelots américains travaillent sous contrat, sont tous volontaires et restent considérés comme des travailleurs civils, même si l’unique client de la marine marchande américaine durant la guerre est le gouvernement fédéral. Ils profitent ainsi de conditions avantageuses que leur syndicat a négociées contre une absence de conflit social jusqu’à la victoire : une permission de 7 jours après 30 jours en mer, indemnités de guerre, salaire
doublé, majoration en cas de transport d’explosifs, en cas d’attaque aérienne, heures supplémentaires, etc. Ainsi un homme de la marine marchande américaine pouvait gagner jusqu’à cinq fois plus que son homologue de I’ US Navy ! Ces disparités de traitement et de culture expliquent entre autres que les Américains n’obéiront pas toujours aux ordres du chef du convoi, un fait exacerbé par l’esprit indépendant de tout commandant de navire (seul maître à bord après Dieu). À ces généralités s’ajoutent des cas particuliers, comme celui des équipages soviétiques (parfois féminins) cloîtrés sur leurs bâtiments sous la surveillance constante de commissaires politiques. Dernière particularité, celle des servants de pièces
d’artillerie navale ou antiaériennes à bord des cargos : chez les Anglais, ils proviennent de la Royal Navy ou de la Royal Artillery même s’ils naviguent sur un navire marchand ; chez les Américains, ces conscrits appartiennent à la Navy Armed Guard et sont généralement méprisés par les marins professionnels des bâtiments sur lesquels ils embarquent

Le départ du PQ 17

Le PQ-17 quitta le port d'Hvalfjordur (Islande) le 27 juin 1942 pour Arkhangelsk (Russie)

Le PQ-17 quitta le port d’Hvalfjordur (Islande) le 27 juin 1942 pour Arkhangelsk (Russie). Composé de 35 cargos, dont 22 américains, il transportait des avions, des chars et des canons d’une valeur de 700 millions de dollars, deux pétroliers et trois bâtiments de sauvetage. Ce convoi exceptionnellement important était protégé par un nombre impressionnant de bâtiments: 47 au total. En tête venait une escorte rapprochée de 21 navires britanniques, dont deux sous-marins. Suivait une force de soutien composée de quatre croiseurs, dont deux américains, et de trois destroyers, ayant pour mission de naviguer le long de la route du convoi, en s’efforçant de rester hors de vue. Fermait la marche une force imposante de 19 navires de guerre, constituée notamment de deux cuirassés, dont un américain, et du porte-avions britannique Victorious; elle patrouillait entre l’Islande et la Norvège et se tenait prête à intercepter le Tirpitz, s’il se manifestait de façon quelconque.
Pour les hommes chargés du convoyage, le rassemblement d’une force aussi imposante signifiait que quelque chose d’important était en jeu; aussi en éprouvaient-ils une anxiété croissante. John E. Broome, commandant de l’escorte rapprochée à bord du destroyer britannique Keppel, devait dire par la suite qu’il avait été frappé par le visage sombre des commandants de navire d’escorte au moment où ils attendaient leurs ordres de navigation: « C’étaient des marins, et ils savaient fort bien que l’espèce de ville flottante qu’ils allaient former serait parfaitement visible sur 26 milles à la ronde.« 

L'opération Roesselsprung

Le commandement allemand déclenche l'opération Roesselsprung contre le convoi PQ-17

Le 1er juillet, le convoi est repéré par un avion de reconnaissance ; il restera surveillé jusqu’à la fin et la première attaque commence dans la soirée. Le lendemain après-midi, avec l’autorisation de Hitler, le commandement allemand déclenche l’opération « Roesselsprung ». Le groupe Scheer-Lützow, accompagné de 6 destroyers, et le groupe Tirpitz-Hipper, avec 4 destroyers, reçoivent l’ordre d’appareiller de Narvik et de Trondheim et de gagner respectivement l’Altenfjord et le Vestfjord. De là, sur de nouvelles instructions, ils pourront engager le convoi entre le 20e et le 30e méridiens à l’est de l’île de l’Ours. La première partie du mouvement s’exécute, à l’exception du Lützow et de trois destroyers du groupe Tirpitz qui s’échouent.

un bombardier Heinkel-111 au dessus du convoi PQ17

Une fois le convoi en route, les craintes s’estompèrent pour un temps. Les navires étaient enveloppés d’une nappe de brouillard providentielle et, pendant les quatre premiers jours du voyage, l’ennemi ne donna aucun signe de vie. Par la suite, trois navires durent rebrousser chemin, mais non en raison d’une attaque; l’un s’était échoué sur des récifs au large de l’Islande et les deux autres avaient été endommagés par d’épais bancs de glaces flottantes. Puis, le 1er juillet, un avion allemand apparut dans le ciel, et la tension monta brusquement à bord des navires.
«Cela nous faisait froid dans le dos, écrivit le commandant Broome, de savoir que, à partir de ce moment-là, et en fonction naturellement de la visibilité, la position du PQ-17 serait marquée sur les cartes allemandes d’opérations en même temps que sur les nôtres.»
Quelques attaques aériennes sporadiques, mais sans graves conséquences, eurent lieu les jours suivants. Puis, le 4 juillet, un bombardier Heinkel-111 lançait une torpille sur un navire de commerce qu’un sous-marin achevait de couler. Or, au moment où les raids commençaient à s’espacer, les équipages britanniques virent, à leur grande stupéfaction, les navires américains amener leurs couleurs comme en signe de reddition, mais seulement pour les remplacer par leur pavillon national immaculé. Et c’est alors que les marins se mirent à danser et à chanter sur les ponts pour célébrer leur fête nationale. Les navires britanniques voulant s’associer à leur joie, le croiseur Norfolk se hâta d’expédier le message suivant au croiseur Wichita: «Meilleurs vœux pour votre anniversaire! Les États-Unis sont le seul pays au monde qui connaisse sa date de naissance.» Et le Wichita de répondre: «A notre avis, vous devriez célébrer la fête des Mères.»

Le convoi PQ 17 doit se disperser

L'Amirauté prise de panique par l'arrivée du Tirpitz ordonna au convoi PQ-17 de se disperser

Dans la soirée, se produisit une nouvelle attaque aérienne menée par 25 avions allemands. Bilan: trois appareils ennemis abattus et trois navires de commerce touchés, dont deux si gravement qu’il fallut les achever. Malgré tout, les équipages britanniques gardaient le moral et se montraient confiants dans les jours à venir, car ils savaient qu’ils avaient déjà parcouru la moitié du chemin jusqu’à Arkhangelsk.
A Londres, l’Amirauté ne se montrait guère aussi optimiste car elle avait appris (seuls quelques rares commandants de l’escorte du PQ-17 connaissaient la nouvelle) que le Tirpitz, déjouant la surveillance dont il faisait l’objet, était en mer et se dirigeait, en compagnie d’autres navires allemands, vraisemblablement vers l’est.
L’Amirauté en conclut que le convoi allait être attaqué et, apparemment prise de panique, elle envoya aux commandants de navires d’escorte des ordres qui les stupéfièrent. En vingt-cinq minutes, trois messages se succédèrent sur les ondes. Le premier ordonnait à la force de soutien de faire demi-tour et se diriger vers l’ouest; le deuxième demandait au convoi de se disloquer et à chaque bâtiment de gagner isolément Arkhangelsk; le troisième, enfin (il allait se révéler funeste) était libellé comme suit: «Le convoi doit se disperser.» Cela signifiait que les navires marchands devaient au plus vite s’égailler dans toutes les directions.

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