La fin tragique du Hood coulé par le Bismarck en 1941

Le Hood ouvre le feu à 5 h 53, les deux bâtiments allemands répliquent en concentrant leurs tirs sur lui. Quelques minutes plus tard, un obus de 380 mm du Bismarck traverse le pont insuffisamment blindé et atteint la soute à munitions, à l’arrière. Le fleuron de la Royal Navy explose, se coupe en deux et coule en moins de quatre minutes.

Témoignage de l’acteur Esmond Knight sur la fin du Hood
Des heures passèrent, dans l’anxiété et la tension. Et, soudain, comme devait le raconter par la suite l’acteur Esmond Knight qui servait comme officier à bord du Prince of Wales, « après de longs moments passés à scruter le vide, apparurent (et l’on pouvait à peine en croire ses yeux) les hauts des mâts de deux navires. Le premier homme à retrouver sa voix hurla: « Ennemi en vue ! « 
Fasciné, Knight regarda pivoter les énormes tourelles du Prince of Wales pendant que se rapprochaient les navires allemands: « C’étaient bien eux, silhouettes sombres et majestueuses se découpant avec netteté sur l’horizon, le Bismarck et le Prinz Eugen, en ligne de file que ne surmontait aucune fumée, imperturbables et terrifiants. « Dieu! quelle taille, murmura-t-on près de moi.»
L’ordre d’ouvrir le feu fut donné à 5 h52 du matin. «Presque immédiatement, il y eut de grands éclairs orange et d’énormes nuages de fumée noire vomie par les tourelles avant du Hood, qui venaient de tirer leur première salve.»
Le Prince of Wales entra ensuite en action: «Quelques instants d’une attente intolérable, et puis un grondement assourdissant, qui pour une seconde sembla tous nous plonger dans l’inconscience — nous avions ouvert le feu! Nous fûmes soudain aveuglés par un rideau de flammes qui s’élevaient devant nous, entourées d’épais nuages de fumée noire à l’odeur âcre.»
L’attente devint encore plus insupportable quand les navires de guerre allemands répliquèrent à leur tour. Knight dit que «les mêmes éclairs aveuglants et les mêmes tourbillons de fumée montaient du Bismarck.» Les obus arrivèrent ensuite en bolide vers nous avec un bruit «semblable à celui d’une rame de métro qui entre dans une station, bruit qui s’amplifia jusqu’à faire vibrer l’air tout entier avant de cesser brusquement. On vit alors les premières gerbes d’eau s’élever juste sur l’arrière du Hood.» Le tonnerre des obus du Bismarck avait pour contrepoint «les détonations à briser les tympans» des obus du Prinz Eugen, qui «explosaient pratiquement au-dessus de nos têtes, arrosant d’éclats les ponts et la mer autour de nous.»
Et soudain, à bord du Hood, ce fut la catastrophe: un obus explosa dans une soute à munitions. Knight et ses compagnons à bord du Prince of Wales virent, horrifiés, «une énorme explosion secouer le Hood, des gerbes gigantesques de flammes rougeâtres monter dans le ciel au milieu d’épais tourbillons de fumée jaunâtre et des débris incandescents voler à des dizaines de mètres en l’air. Je ne pus en croire mes yeux: le Hood venait d’être littéralement mis en pièces». Sur les 1419 hommes qui se trouvaient à bord du croiseur de bataille, il n’y eut que trois survivants.

La fin du Hood... Un spectacle terrifiant

La fin tragique du Hood coulé par le Bismarck en 1941

A 5 h 52, le Hood ouvrit le feu, puis effectua une abattée de deux quarts vers tribord pour dégager le tir du Prince of Wales. Deux minutes plus tard, le Bismarck et le Prinz Eugen répliquaient, les deux navires concentrant leur tir sur le Hood, alors que les deux anglais concentraient le leur sur le Bismarck.
Sur son pont supérieur, le Hood transportait des munitions antiaériennes d’invention récente, acceptées par la marine pour essais. Enfermées dans des caissons prêts à servir elles étaient stockées sur le pont.
Lorsque la deuxième salve du Prinz Eugen atteignit le Hood, l’explosion d’un obus sur le pont supérieur mit le feu à ces munitions. L’incendie prit de telles proportions que le milieu du navire fut la proie des flammes. Vu du Prince of Wales, le spectacle était terrifiant, bien qu’en fait, cet incendie ne fût pas dangereux.
Huit minutes après le début de l’engagement, une cinquième salve tirée par le Bismarck atteignit encore une fois le Hood, qui se trouvait à moins de 9 milles du cuirassé allemand. Les canons tiraient avec une hausse suffisante pour imposer aux obus une haute trajectoire et, par conséquent, un grand angle de chute. Le Hood était un navire ancien, construit vingt-cinq années auparavant ; il lui manquait l’épais pont blindé qui l’eût protégé contre un tir plongeant. Un des obus du Bismarck, traversant son pont, pénétra jusqu’aux soutes à munitions avant d’éclater. Une forte explosion cassa le navire en deux, tout l’avant jaillit de la mer avant de disparaître. Un immense nuage de fumée cacha ce désastre et, quand il se dissipa, la mer était vide. On recueillit, par la suite, un aspirant et deux matelots sur un effectif de 95 officiers et de 1324 hommes.

Le Bismarck et le Prinz Eugen se séparent

Le Bismarck et le Prinz Eugen se séparent après avoir coulé le Hood

Dès que le Hood eut coulé, les deux navires allemands concentrèrent leur tir sur le Prince of Wales, qui avait dû abattre sur tribord, pour éviter le Hood. Ce faisant, il était à 8 milles de ses adversaires. Le Bismarck et le Prinz Eugen le touchèrent en même temps et démolirent sa passerelle. C’était un navire récent et, jusqu’alors, il n’avait pas eu l’occasion de terminer ses essais. Les commandes des tourelles, en outre, fonctionnaient mal. Dans ces conditions, le capitaine Leach, son commandant, décida de rompre le combat et de virer de bord, en se dissimulant derrière un écran de fumée. Le Bismarck ne tenta pas de le poursuivre. Le Prince of Wales établit sa liaison avec le Norfolk et le Suffolk. Ces trois navires s’organisèrent pour maintenir le contact avec leurs adversaires.
Mais le Bismarck lui-même n’était pas sorti indemne du combat. Trois coups l’avaient atteint : le premier, ricochant à travers le pont, n’avait provoqué aucun dommage ; le deuxième, juste à l’avant de la chaufferie de bâbord, avait mis hors d’usage une de ses principales dynamos ; le troisième obus, enfin, traversant son avant, avait vidé deux soutes à mazout. La perte de ce combustible ne comptait guère, mais, fait plus grave, à l’avant de ces deux soutes, d’autres réserves contenaient 1 000 tonnes de carburant qui, à présent, devenaient inaccessibles.
Le commandant Lindemann, capitaine de pavillon de Lütjens sur le Bismarck, conseillait fortement à son supérieur d’abandonner l’opération et de regagner l’Allemagne. Avis plein de sagesse vu les circonstances, puisque non seulement ils venaient de remporter un grand succès, mais ils ne pouvaient plus compter sur l’effet de surprise. Et, de plus, on pouvait à présent faire de sérieuses réserves sur la navigabilité du Bismarck et particulièrement sur sa vitesse et sa résistance, après les dégâts qu’avait subis son avant. Mais Lütjens en décida autrement, et l’on ne saura jamais pourquoi il choisit la solution la plus audacieuse.
Au début de l’après-midi, Lütjens envoya un message en Allemagne : il voulait détacher le Prinz Eugen afin qu’il continuât seul à traquer les croiseurs dans l’Atlantique tandis que, de son côté, le Bismarck se dirigerait vers un des ports de la côte française de l’Atlantique. Puis, avec le commandant en chef des U-boote, il convint que six sous-marins formeraient une ligne de protection à l’ouest de sa position, ligne sur laquelle il se proposait d’attirer ses poursuivants. Il envoya ensuite un message au commandant Brinckmann, à bord du Prinz Eugen, pour lui annoncer son intention de se séparer de lui. Il lui ordonna de poursuivre sa course pendant trois heures, et de virer ensuite vers le nord, afin de se ravitailler auprès d’un pétrolier qui attendait au sud du Groenland. Ainsi, il évoluerait désormais seul dans l’Atlantique. Cette opération porterait le nom codé de « Hood ».

Le Bismarck se dirige vers Saint-Nazaire

Le Bismarck se dirige vers Saint-Nazaire pourchassé par les Swordfish

De conserve avec l’amiral Tovey à bord du King George V, voguait le porte-avions Victorious. Il avait à son bord, en plus des avions destinés au front du Moyen-Orient, neuf « Swordfish » de l’escadrille n° 825. Au cours de l’après-midi du 24 mai, le commandant en chef le détacha de sa formation avec pour mission de prendre position à 100 milles environ du Bismarck, pour tenter de s’opposer à la fuite de l’ennemi par une attaque aérienne à la torpille. Vers 22 heures, cette nuit-là, le Victorious avait atteint le point fixé : dix minutes plus tard, les « Swordfish » prenaient l’air.

Le capitaine de corvette Eugene Esmonde commandait l’escadrille. Volant à travers les déchirures des nuages, ses appareils aperçurent le Bismarck peu avant minuit ; mais les nuages s’épaissirent soudain et le navire échappa à l’observation. Ils recommencèrent leur manœuvre et entrèrent en liaison avec le Norfolk, qui les orienta vers l’ennemi. Alors qu’ils traversaient de nouveau un rideau de nuages épais, leur radar signala la présence d’un bateau au-dessous d’eux ; ils attaquèrent en piqué et se rendirent compte qu’ils survolaient une patache des garde-côtes des Etats-Unis. Mais elle n’était pas seule. A 6 milles au sud, naviguait le Bismarck, qui ouvrit le feu sur les avions.
Il était minuit juste. Esmonde mena jusqu’au bout son attaque malgré un tir de barrage très intense. Sur huit torpilles lancées, une seule atteignit le Bismarck par le travers. Après l’attaque, tous les « Swordfish » regagnèrent le Victorious, et appontèrent l’un après l’autre sans incident. Mais deux « Fulmar » qui les avaient accompagnés dans leur mission étaient portés disparus.
Le coup reçu par le Bismarck ne lui causa aucune avarie, mais ébranla quelque peu le sang-froid de l’amiral Lütjens. Celui-ci diffusa un message à son équipage proclamant que vingt-sept avions avaient été abattus au cours de l’attaque. Il fit aussi savoir en Allemagne qu’il renonçait à son plan initial et préférait choisir la solution consistant à se diriger directement sur Saint-Nazaire, car il était à court de mazout. Le Bismarck poursuivit donc sa route vers le sud, avec l’espoir de profiter de l’obscurité imminente pour rompre le contact avec les croiseurs lancés à sa poursuite et rejoindre Saint-Nazaire.
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