Les hommes de confiance de Hitler

L'état-major de Hitler se recrutera parmi ces hommes deux fois traumatisés, par la défaite et par la crise économique, névrosés qui, pour une raison ou pour une autre, haïssaient leur entourage, arrivistes ou opportunistes calculateurs.
La plupart de ces traits se combinent dans le personnage de Göring.

Herman Göring: "ma conscience porte un nom; elle s'appelle Adolf Hitler"

Je suis le dernier des hommes de la Renaissance, aimait à répéter Hermann Göring (photo à droite). La modestie, en effet, ne fut jamais sa vertu dominante.
Fils d’un haut fonctionnaire colonial, époux d’une comtesse suédoise, pilote de guerre un moment glorieux pendant la première guerre mondiale, il fut l’ « homme du monde » dont Hitler avait besoin pour faire accepter le nazisme dans la bonne société. Göring ne manquait pas de relations parmi les banquiers, les industriels et l’aristocratie ; il était bien en cour auprès du vieux maréchal Hindenburg ; le Führer l’envoya en mission au Vatican et auprès de l’empereur déchu, Guillaume II, retiré à Doorn, aux Pays-Bas.
Sa carrière politique commença vraiment en 1932, quand il fut élu député au Reichstag. Capitaine d’aviation, il avait rejoint dès le début les rangs du N.S.D.A.P. et avait été sérieusement blessé lors du putsch manqué de Munich, en 1923. Puis il s’était exilé à l’étranger, où il était devenu morphinomane et avait dû subir un traitement de désintoxication. Rentré en Allemagne sans un centime, il reprit pied lorsqu’il eut convaincu Hitler qu’il pouvait lui rendre bien des services auprès des cercles très fermés qui se montraient encore réticents envers les braillards mal élevés qui formaient l’état-major du Führer. Sa corpulence rassurante, son air jovial lui ouvrirent bien des portes.
Jouant au grand seigneur alors qu’il n’était qu’un parvenu, Göring aimait le pouvoir autant pour lui-même que pour les hochets qui l’accompagnent. Il y a quelque chose de puéril dans sa passion pour les grands uniformes et les brochettes de décorations, quelque chose de rapace dans son amour pour les tableaux et les tapisseries que, pendant la seconde guerre mondiale, il raflera dans toute l’Europe pour son propre compte.
Combinant la course aux honneurs et le pillage, il deviendra vite l’un des hommes les plus riches d’Allemagne : on ne comptait plus le nombre de ses résidences.
Derrière l’épicurien se cachait un homme dur jusqu’à la brutalité, sans scrupules, téméraire. Ministre de l’Intérieur de Prusse et maître de la Gestapo avant Heydrich et Himmler, il imposa le nazisme par le haut et utilisa ces nervis qu’étaient les S.A. comme police auxiliaire pour faire régner la terreur dans la rue. On lui doit
la création des premiers camps de concentration : Dachau et Buchenwald, où allèrent pourrir les antifascistes allemands avant les résistants européens. Göring ne manquait d’ailleurs jamais de souligner à ce propos qu’il n’avait fait qu’emprunter le système aux Britanniques, qui l’avaient, les premiers, mis en pratique pendant la guerre des Boers.
Une de ses instructions à la police est restée célèbre : « Quand vous tirez, c’est moi qui tire ; quand vous tuez un homme, c’est moi qui l’ai tué. Là s’arrête ma responsabilité. » Göring ne s’embarrassa jamais de formalités: « Mes ordres, disait-il, ne reposent pas sur des considérations juridiques ; je ne suis pas là pour faire régner la justice mais seulement pour détruire et annihiler ; rien d’autre. »
Ses relations avec Hitler sont singulières. D’une part, il traite la doctrine national-socialiste de fatras idéologique, mais, d’autre part, il professe une confiance aveugle envers le Führer. « Ma conscience porte un nom, dit-il un jour : elle s’appelle Adolf Hitler. » Auprès des diplomates étrangers, qu’il savait parfois séduire par sa conversation, il se vantait souvent de contredire Hitler à l’occasion. En réalité, il rampait devant lui et confia un jour au Dr. Schacht, dictateur à l’Economie : « Chaque fois que je me trouve devant Hitler, je fais dans ma culotte. »

Joseph Goebbels; le mensonge à la jambe courte

L’histoire nous considérera ou bien comme les plus grands hommes d’Etat de tous les temps ou bien comme les plus grands criminels, déclara un jour Joseph Goebbels dans un moment de lucidité.
Car Goebbels (photo à gauche)était lucide, à la manière des cyniques. Dans la brochette des dirigeants nazis, c’est lui l’intellectuel.
Disgracié au physique (il était affligé d’un pied bot), il ne manquait pas d’intelligence. Ayant, après de bonnes études, conquis le titre de Doktor, si respecté en Allemagne, il flirta d’abord avec la gauche avant de rallier le Führer qui devait faire de lui le grand maître de la presse et de la propagande. Animé d’un profond mépris du peuple auquel il s’adressait, il soutenait : « Le fin mot de la propagande est d’imprégner les gens d’une idée de façon si intime qu’ils ne puissent plus y renoncer. » Ce théoricien du viol des consciences n’avait que faire de la vérité et le proclamait sans ambages. Pour cela (et pour son infirmité) on le surnommait à mi-voix « le mensonge à la jambe courte ».
Goebbels n’était pas dépourvu d’esprit mais il était si mauvaise langue qu’il se fit bien des ennemis jusque parmi les autres dignitaires du régime.
D’origine modeste, issu de la catholique Rhénanie, il s’efforça, au début de sa carrière, de se venger de sa disgrâce en tâtant un peu de tous les genres : littérature, journalisme, éloquence. Ce disciple ingrat du professeur juif Gundolf ne réussit guère dans ces divers domaines. C’est en ralliant les rangs du N.S.D.A.P. qu’il put enfin percer. Il fut un idéologue, une sorte de prophète du néant.
A la fin des années 20, il se lança, avec les S.A., à la conquête des faubourgs populaires de Berlin, combinant, pour mener à bien cette difficile entreprise, la terreur physique, la démagogie et l’achat d’une presse vénale. Sa carrière fut, dès lors, rapide. A trente ans, il était député au Reichstag, à trente-cinq ans, ministre le plus jeune de l’histoire allemande. Il choisit pour résidence un palais des Hohenzollern et épousa une femme riche. Lors de l’écroulement du IIIe Reich, le couple, fidèle à Hitler, se suicidera dans les jardins de la Chancellerie du Reich, alors que tonnaient les canons soviétiques.

Henrich Himmler: Henri 1er l'Oiseleur

Avec Göring et Goebbels, Himmler est le troisième homme de confiance de Hitler

En 1945, quand les troupes britanniques entrèrent à Flensburg, elles arrêtèrent par hasard un fuyard. Peu après, l’homme avala une granule de cyanure. Bien qu’il eût rasé sa moustache, on ne tarda pas à l’identifier : c’était le Reichsführer S.S. Heinrich Himmler, bourreau de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. On prit un moulage de son visage. Ce moulage, qui se trouve aujourd’hui à Lüneburg, est vraiment extraordinaire : il’ exprime à la fois la stupidité la plus profonde et la béatitude la plus complète ; c’est le visage d’un inconscient, d’un illuminé.
Et tel était bien Heinrich Himmler, fils d’un officier de gendarmerie, à la fois mystique détraqué et froid bureaucrate, aux allures de parfait petit bourgeois derrière ses lunettes cerclées de fer.
Adolescent, Himmler révèle déjà son caractère maniaque en tenant chaque jour, méticuleusement, un journal intime dans lequel il note les détails les plus insignifiants, comme l’heure à laquelle il s’est rasé. C’est avec le même esprit tatillon que, plus tard, il planifiera l’extermination des juifs, des Slaves et des résistants européens. Cet esprit, administratif jusqu’à la caricature, lui permettra de faire carrière dans le nazisme. Quand Hitler, après le putsch de Munich, lui confère le titre de Reichsführer S.S. , il ne commande encore qu’à une organisation de police politique, aux effectifs réduits et fanatiques. Mais, quatre ans plus tard, grâce en grande partie à son sens de l’organisation, les S.S. seront passés de 300 à 50 000.
Originairement, ces S.S. formaient la garde du corps personnelle d’Adolf Hitler. Mais Himmler voyait beaucoup plus grand. Il fit d’abord des S.S. une armée disciplinée, tranchant sur les hordes criardes des S.A., et qui, lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux », exterminera de nombreux cadres de ces derniers.
Puis il conçut l’idée extravagante de faire des S.S. une sorte d’ordre religieux d’un genre inédit, mi-soldats, mi-adeptes d’un culte païen du sol et de la race, anges exterminateurs de tous les « sous-hommes » : juifs, tziganes, Slaves, marxistes et libéraux. Car le fonctionnaire zélé et borné était aussi un fervent de l’occultisme. Il croyait à l’astrologie et se prenait lui-même pour la réincarnation de l’empereur d’Allemagne Henri l’Oiseleur qui, au Moyen Age, battit les Hongrois.
En 1933, Hitler fait de Heinrich Himmler le chef de la police de Munich. A ce poste, l’homme ouvrit le camp de concentration de Dachau, où ses S.S., revêtus de l’uniforme noir frappé d’une tête de mort, se firent la main sur les opposants au régime. Parmi les gardiens de ce sinistre camp, deux connurent par la suite une triste célébrité : Adolf Eichmann et Hoess, futur « patron » du camp d’extermination d’Auschwitz. La Gestapo (police secrète d’Etat) fut bientôt confiée à Himmler. Le bureaucrate illuminé contrôlait ainsi le ressort essentiel du régime nazi.

Et les autres hommes de confiance

Reinhard Heydrich, piano, violon et fiches

L’ancien lieutenant de vaisseau Reinhard Heydrich, au visage de cheval triste, fut le principal auxiliaire de Himmler. Par une curieuse ironie du destin, Heydrich, ce fanatique du mythe aryen, avait des ancêtres juifs et se gardait bien de le dire. Technocrate du pouvoir, il était beaucoup plus intelligent que son chef. Il taquinait le violon, le piano, la linguistique et excellait dans plusieurs sports.
A vingt-sept ans, Hitler en fit le chef de son service d’espionnage et contre-espionnage. Dans ces fonctions, Heydrich réunit des fiches compromettantes non seulement pour les ennemis du régime, mais aussi pour les gens en place. Quand le N.S.D.A.P. prit le pouvoir, Heydrich réunit entre ses mains les fils des services secrets, de la police secrète et de la police criminelle. Pendant la guerre, il fut nommé « protecteur de la Bohême ». En 1942, il fut exécuté dans les rues de Prague par trois jeunes résistants tchèques, parachutés de Londres, alors qu’on parlait déjà de lui comme du successeur possible du Führer.
Martin Bormann, ils avaient peur de lui
Intriguant déjà en coulisse lors de l’accession de Hitler au pouvoir, Martin Bormann devait devenir l’un des hommes les plus puissants, sinon le plus puissant, du N.S.D.A.P. Cet ancien exploitant agricole, compromis dans un assassinat au cours des années 20, qui mérita le surnom d’ « Eminence brune », n’eut d’autres titres officiels que ceux de « directeur de la chancellerie du parti » et de « secrétaire du Führer ».
Les masses l’ignoraient, mais il tirait sa puissance du contrôle de tous les rouages bureaucratiques du parti. Hitler l’appelait « son plus fidèle compagnon » et, dans les derniers mois de son règne, ne jurait plus que par lui. Les autres dirigeants nazis, en revanche, le détestaient car ils avaient peur de lui. Au procès de Nuremberg, nombre d’entre eux tenteront de se disculper aux dépens de Bormann, que l’un d’eux, Hans Frank, appela un bandit fieffé. Accusation sans danger car Bormann (tué dans le bunker du Führer ou caché quelque part en Amérique du Sud) disparaîtra sans laisser de traces.
Rudolf Hess, l’homme-mystère
nconnu du grand public iusqu’en 1933. Rudolf Hess deviendra à cette date adjoint du Führer, titre que Hitler lui conféra surtout parce qu’il estimait n’avoir rien à craindre de lui. De tous les gros bonnets du N.S.D.A.P., Hess est sans doute le seul qu’on puisse créditer d’une vie privée décente et d’une sincérité politique certaine confinant au mysticisme naïf. Ne dit-il pas un jour avec grand sérieux :
« Hitler est tout simplement l’incarnation de la raison pure. »
Cet ancien étudiant, modeste et timide, était l’ami du professeur Karl Haushofer avec lequel il mit en rapport Hitler, qui lui emprunta sa trop fameuse théorie de l’espace vital . C’est à Hess que Hitler dicta de nombreuses pages de Mein Kampf. En 1941, en pleine guerre, Rudolf Hess s’enfuira vers l’Angleterre aux commandes d’un petit avion. Les nazis, du coup, le proclamèrent fou. On ne saura sans doute jamais quelles obscures tractations il y avait derrière ce brusque départ.
Ernst Röhm, le goût de l’aventure
Un visage porcin zébré d’une balafre, une solide carcasse menacée par l’embonpoint, tel était au physique Ernst Röhm, ancien capitaine de la Reichswehr, dont Hitler allait faire le chef d’état-major de ses troupes de choc — les S.A. —, abattu au cours de la Nuit des longs couteaux.
Quant au reste, cet homosexuel notoire était un « baroudeur » que son goût de l’aventure conduisit des champs de bataille au putsch manqué de Munich, de là en Bolivie, puis dans les rues d’Allemagne à la tête des « gros bras » du parti nazi. Lui-même d’origine plébéienne, il était fort populaire parmi les ouvriers que le N.S.D.A.P. avait réussi à attirer à la faveur de la crise économique et du chômage.
En 1933, ces hommes et leur chef supporteront mal le retour à l’ordre qui mettait fin aux beaux jours où ils faisaient la loi dans les villes allemandes. Quand l’état-major exigera de Hitler la mise au pas des S.A., Rôhm se rebiffera et croira peut-être son heure venue. C’est alors que Hitler, sans la moindre hésitation, supprimera son vieux camarade.
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