Echec de la guerre de mouvement en 1914

L'année 1914 s'était soldée par une éclatante faillite stratégique. A la fin de novembre 1914, on assiste partout à une stabilisation des fronts et on voit apparaître les premières tranchées et les barbelés.

Nul mieux que Jean Galtier-Boissière n'a souligné cet aspect déconcertant de la rencontre moderne dans les derniers jours d'août :

Les officiers tirent leur sabre ; nous ajustons nos baïonnettes en marchant. Un frisson parcourt les rangs. Mon cœur bat à se rompre [...]. Tous les yeux brillent d'une joie féroce.
Depuis deux jours, nous combattons sans apercevoir l'ennemi. Ces cochons-là nous écrasent avec leurs gros obus. Aujourd'hui, Dieu merci, c'est d'homme à homme qu'il va falloir se mesurer ! Nous prenons le pas de charge en poussant d'effroyables hurlements.
Devant nous, un coteau dénudé : pas un arbre, pas un mur, pas un repli de terrain. Les balles sifflent, les shrapnells fusent. Sourd, muet, saoul de poudre et de bruit, je marche en état d'hypnose. Une seule idée, une seule volonté.  En avant ! Je vois confusément des hommes s'écrouler à ma gauche et à ma droite. Un clairon sonne la charge à pleins poumons, puis s'abat. Les rangs s'éclaircissent.
Maintenant, nous progressons par bonds. Les balles arrivent par rafales, très bas ! L'ennemi qui nous mitraille est invisible. Nous n'avons pas encore tiré un coup de fusil. Nous ne sommes plus qu'une dizaine.

L'echec de la guerre de mouvement en 1914

L'impuissance tragique des baïonnettes contre les mitrailleuses en 1914

La guerre de tranchées ne peut s’expliquer que par l’apparition d’un ensemble de facteurs révolutionnaires dont on n’avait pas mesuré toutes les conséquences à la veille de 1914.
La première révolution concerne la puissance de feu ; déjà, au cours de la guerre de 1870, le fusil Dreyse ou le chassepot, se chargeant par la culasse, avaient montré les avantages de la défensive-offensive. Autour de Metz, les troupes de Bazaine avaient infligé des pertes sanglantes à l’infanterie prussienne et ouvert la voie à des succès qu’un commandement timoré et hésitant n’avait pas su exploiter. Après 1880, les progrès se sont accélérés. A la fin du siècle, les armées disposent de poudres sans fumée qui n’encrassent plus l’âme des pièces et entraînent l’apparition de fusils à répétition dont la portée efficace atteint 800 mètres, au lieu de 200 pour l’arme en usage sous Napoléon, et de mitrailleuses capables de cracher 350 balles à la minute. En un siècle, la surface de la zone dangereuse que doit franchir l’assaillant s’est multipliée par 4 ou 5 et un bataillon d’infanterie dispose d’une puissance de feu à la minute six à sept fois supérieure. Le risque s’est donc multiplié par 25 ou 30. Quant à l’artillerie, elle tire désormais, de 5 à 12 kilomètres, des obus à haute capacité explosive.
Les premières rencontres d’août 1914 devaient montrer l’impuissance tragique des baïonnettes contre les fusils à répétition et les mitrailleuses, ainsi que l’échec sanglant des attaques frontales.

L'enterrement dans les tranchées et le front continu

Schlieffen et Moltke avaient fait dépendre l’issue de la campagne contre la France du succès d’une gigantesque manœuvre d’enveloppement à travers la Belgique. Une attaque massive en Lorraine, face au gros des armées françaises appuyées au système fortifié de Séré de Rivières, paraissait trop aléatoire. Malgré tout, cette manœuvre de débordement devait conduire à un échec total. A la Marne, l’aile droite allemande, affaiblie par les réactions inconsidérées de Moltke, devait se heurter à une gauche française reconstituée et plus puissante. En moins de quinze jours, on avait assisté à un renversement radical de la situation. Toutefois, le repli allemand, l’apparition d’une nouvelle armée sur l’Aisne ne permirent pas au commandement français une exploitation complète de la victoire de la Marne. Quant à la « course à la mer », ce fut la répétition de tentatives de débordement avortées. Chaque manœuvre d’enveloppement devait trouver aussitôt sa réplique. Comment expliquer cette impuissance réciproque et l’apparition d’un front continu dès le mois d’octobre ?
Les innovations techniques apparues au cours des décennies précédentes et dont la plupart des conséquences s’étaient déjà fait sentir à la faveur de conflits réputés secondaires, permettent de tirer, à la fin de 1914, un certain nombre d’enseignements : la puissance de feu rend impossible toute attaque frontale, sans une préparation minutieuse.
L’infanterie, grâce à ses armes à répétition et à ses mitrailleuses, peut désormais tenir un front considérable.
L’importance des effectifs, les transports rapides et massifs effectués par chemin de fer s’opposent à toute manœuvre de débordement et conduisent au front continu.
Il en résulte deux constatations majeures pour le combattant et le commandement. L’ère des formations denses est révolue. De petits groupes de combattants, soigneusement dissimulés ou, mieux, abrités dans des tranchées précédées de barbelés, peuvent tenir en échec des masses infiniment plus nombreuses qui ne peuvent plus songer à attaquer qu’en formation diluée précédée d’une imposante préparation d’artillerie.
Enfin, la bataille de la Marne a sonné le glas de la manœuvre du corps d’armée autonome. Le général von Senger devait souligner que l’échec de l’armée de Kluck annonçait le front continu et mettait fin à une forme de manœuvre poussée à la perfection par Napoléon ou Moltke l’Ancien.

Pourquoi les tranchées ont perduré en 1914-1918

Ce sont les soldats eux mêmes qui, dès 1914, imposèrent le creusement de tranchées.

Ce sont les soldats eux mêmes qui, dès 1914, imposèrent le creusement de tranchées. Face au carnage terrifiant causé par l’artillerie et les mitrailleuses dans les premières semaines du conflit, se battre à découvert devint vite illusoire. Pour survivre sans reculer, il fallait s’enfouir dans le sol.
C’est ainsi que naquirent, spontanément, les premières tranchées. Petit à petit, elles dessinèrent une ligne de front enterrée, qui se stabilisa fin 1914. Les deux armées se faisaient face, cachées et immobiles, comme dans un siège réciproque. Avec, côté allemand, une attitude plus défensive, pour tenir les territoires conquis ; et côté français, une priorité à l’offensive, pour reprendre ces mêmes territoires.
Cette situation imprévue prit les états-majors de court: ils n’en avaient pas les clés. Comment user
l’ennemi ? Comment percer ses lignes? Les armées élaborèrent leur stratégie sur le tas. En 1915, Joffre crut pouvoir grignoter les lignes allemandes en cumulant les offensives. En 1916 et 1917, dans les deux camps, on paria sur des attaques massives, comme à Verdun et dans la Somme.
Toute une série d’armes et de plans d’actions furent inventés ou améliorés pour défaire les lignes ennemies : lance-flammes, gaz, grenades, mines souterraines, barrage roulant d’artillerie pour couvrir un assaut d’infanterie . Mais cet acharnement ne payait pas.
Les armées apprirent, au prix de millions de vies, que les tranchées étaient inexpugnables. Les pilonnages d’obus ne venaient pas à bout de leurs défenses toujours renforcées. Les assauts terrestres étaient arrêtés par les mitrailleuses, l’artillerie et les barbelés. Si une percée était réalisée, l’exploiter en envoyant des troupes dans la brèche, à travers un champ de bataille dévasté, était mission impossible.
Il fallut une série de nouveautés (notamment l’usage des chars) pour que, début 1918, ces imprenables tranchées tombent enfin, permettant la conclusion des combats.

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