L'exécution de Röhm par Hitler

Dans sa prison, Roehm a lu le numéro spécial du Vôlkischer Beobachter annonçant son exclusion du parti et l'exécution des « trai:res ». Il mourra sans comprendre, en murmurant : Mein Führer, mein Führer...

Röhm dans sa cellule

Röhm est encore en vie. Au dernier moment, Hitler l’a gracié. Reste d’amitié ? Volonté de garder contre Göring, Himmler, Goebbels et les généraux, une carte ? Les deux sans doute. Mais, autour de Hitler, on veut la mort de Röhm. Göring et Himmler se succèdent auprès du Führer. L’armée a abandonné le général Schleicher, comment ne pas exécuter Röhm. Hitler, le dimanche 1er juillet, à 13 heures, donne son ordre.
Trois officiers SS sont désignés : Eicke, Lippert, Schmauser.
Ils arrivent à 14 h 30 à la prison de Stadelheim. Le bâtiment est endormi. Les SS de garde saluent leurs officiers qui, rapidement, gagnent le bureau du docteur Koch, le directeur. Celui-ci n’a pratiquement pas pris de repos depuis hier : sur son visage quelconque, la fatigue et la peur ont laissé des traces. Quand il fait entrer l’Oberführer Eicke et que celui-ci lui demande de livrer Röhm, l’accablement paraît écraser Koch. Alors, comme il l’a déjà fait avec Sepp Dietrich, il demande un ordre écrit : consulté par téléphone, le ministre de la Justice, Frank, l’approuve.
Eicke proteste, tempête, parle à Frank et, finalement, Koch cède : un gardien est chargé de conduire les trois officiers SS à la cellule de Röhm : elle porte le numéro 474. Röhm, toujours torse nu, semblant avoir perdu toute volonté, regarde entrer Eicke, qui pose sur la table de la cellule un exemplaire du Vôlkischer Beobachter, où sont indiqués la destitution de Röhm et les noms des SA exécutés et, en même temps, il laisse un revolver chargé d’une seule balle. Puis Eicke se retire.

Hitler est détendu

A Berlin, cet après-midi du dimanche 1er juillet, le Führer donne un thé dans les jardins de la chancellerie du Reich. Réunion mondaine à laquelle assistent les diplomates, les ministres, les officiers supérieurs de la Reichswehr. Dans les vastes salles, les valets, en tenue, offrent toutes sortes de boissons ; on rit et les enfants de Goebbels courent dans les couloirs. On entend la foule qui, massée devant la Chancellerie, réclame le Führer.
Qui sait que, à Lichterfelde, régulièrement, toutes les vingt minutes, les salves des pelotons d’exécution retentissent encore et qu’à Stadelheim, Röhm a le droit de choisir de mourir de sa main ?
Hitler, rayonnant, s’approche de la fenêtre et salue la foule qui hurle. Gisevius est là, ayant suivi son chef Daluege, auquel la mort de Ernst a valu d’être nommé chef des SA de Berlin, du Brandebourg et de Poméranie. Hitler, qui vient de serrer la main des deux SS, aperçoit Gisevius : « Il fait un pas de côté, puis lève la main pour me saluer, dans la même attitude immobile que je lui ai vu prendre par deux fois, et me regarde comme si j’étais à moi seul une foule admirative. J’aurais plutôt envie de rentrer en moi-même, sous l’insistance de ce regard césarien, l’idée me vient qu’il pourrait lire mes pensées et me faire fusiller. Mais il ne semble me vouloir aucun mal. Il tient seulement à jouer complètement son rôle. »
Puis Hitler regagne le centre de la pièce et Gisevius, qui l’a observé, conclut : « J’ai compris, au moment de cette rencontre, combien cet homme était crispé ce jour-là et qu’il essayait d’échapper à son trouble intérieur en se réfugiant dans la pose qui est devenue, dès lors, son arme la plus efficace. »
Au milieu de la salle, entouré de femmes élégantes, qui rient à ses moindres propos, Hitler esquisse presque quelques pas de danse : enjoué, on le sent heureux de cette attention déférente qu’on lui témoigne, et avec sa chemise blanche, sa large veste d’uniforme, sur laquelle il porte la croix de fer et le brassard à croix gammée, ses gestes détendus, il semble être autre que l’homme qui, à grandes enjambées nerveuses, avançait sur la piste de MunichOberwiesenfeld, hier samedi, à 4 heures du matin.

L'exécution de Röhm par Hitler

Pourtant, tout cela n’a pas été qu’une vision tragique ou un simple cauchemar. Roehm est bien là, dans sa cellule, et il n’a pas bougé. Au bout d’une dizaine de minutes, les SS Lipert et Eicke ouvrent la porte. « Roehm, tenez-vous prêt », crie Eicke. Lippert, dont la main tremble, tire deux coups de feu ; Roehm a encore le temps de murmurer : Mein Führer ! Mein Führer ! , puis une nouvelle balle l’achève.
Cependant, à Berlin, à l’Ecole des Cadets de Lichterfelde, les exécutions continuent. Souvent, les victimes ne comprennent pas. L’Obergruppenführer SA Karl Ernst, arrêté à Brême, alors qu’il partait en voyage de noces, mourra au cri de : Vive le Führer !
Les exécutions ne cesseront que le lundi 2 juillet 1934, vers 4 heures du matin. Nul ne pourra donner, avec précision, le nombre des victimes : au moins une centaine, peut-être un millier. Mais il est une victime qui ignore encore son sort : et c’est l’Allemagne elle-même. Avec la Nuit des longs couteaux, alors que le désordre nazi des SA cède la place à l’ordre nazi des SS, l’Allemagne entre dans une longue nuit de meurtres.

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