L'affaire Dominici commence par une découverte macabre

Dans la nuit du 4 au 5 août 1952, le long de la RN96 qui traverse la commune de Lurs (04), un couple de Britanniques, Anne et Jack Drummond, s’arrête pour camper avec leur fille de 10 ans, Elizabeth. Le lendemain matin, on découvre leurs cadavres.

L'affaire Dominici commence ce mois d'août 1952

Cet été-là, sir Jack Drummond, savant diététicien bien connu des milieux scientifiques anglais, avait projeté de passer ses vacances en France. Dans le courant de juillet, il débarqua à Dunkerque sa grosse voiture Hillmann et prit la route de la Lorraine, en compagnie de sa femme, lady Ann, et de sa fille Elizabeth, petite écolière de douze ans.
De Lorraine, les Drummond descendirent sur Villefranche-sur-Mer où un ami, le biochimiste Maryan, avait loué une villa. Ce ne fut qu’une courte halte. Dès le 4 août ils repartirent pour Aix en prenant le chemin des écoliers par la haute Provence. Ils comptaient du reste regagner Villefranche car ils laissaient à leur compatriote une partie de leurs bagages et de leur argent.
Ce mois d’août 1952 était splendide. Plutôt que de se mettre en quête d’une auberge, les trois Anglais préfèrent passer la nuit à la belle étoile. Ils sortirent de leur voiture lits pliants et couvertures. Pourquoi choisirent-ils, pour camper, ce petit triangle de terre aride surplombant la Durance, au-dessous du village de Lure ? Sans doute était-ce là leur rendez-vous de Samarcande, un rendez-vous avec la mort…

La nuit de 4 août

Ce soir-là, les trois touristes ne se sentent certes pas isolés dans la campagne provençale. Leur campement touche à la Nationale 96 qu’ils emprunteront demain pour se rendre à Aix. La voie ferrée est également toute proche, ainsi que la petite gare. Ils peuvent en outre apercevoir, à quelque cent cinquante mètres de leur point d’arrêt, une belle grosse ferme aux tuiles solides, aux volets pleins.
Le propriétaire du bâtiment, le vieux Gaston Dominici, possède là un petit domaine, la Grand-Terre. Mais le terrain où se sont installés les Anglais n’est pas à lui : il appartient aux Ponts et Chaussées car il mène au petit pont enjambant la voie.
Le soir, lady Ann et Elizabeth s’en vont demander un peu d’eau aux Dominici. Elles apportent un seau en toile imperméable. Mme Drummond ne sait pas un mot de français, mais la fillette sert d’interprète. Puis les étrangères vont se coucher. La nuit du 4 août commence. La lune, presque pleine, éclaire trois silhouettes trois silhouettes en passe de devenir des cadavres…
Vers une heure du matin, les gens des environs entendent quelques coups de feu. Ils n’y prêtent guère attention. Il arrive si souvent qu’un braconnier tire un lapin ou un lièvre…
Plusieurs heure s’écoulent encore. Enfin le jour se lève. Un ouvrier aux usines Péchiney, M. Olivier, descend à motocyclette la grand-route lorsqu’un homme surgit devant lui et lui fait signe de s’arrêter.
C’est Gustave Dominici, un des fils de Gaston. Il raconte une affreuse histoire : il a trouvé sur un talus une fillette assassinée et prie le cycliste d’aller alerter les gendarmes d’Oraison, petite ville située à dix kilomètres en aval, de l’autre côté de la Durance.

Le triple assassinat de la famille Drummond

Carte et portraits de l'affaire Dominici

D’autres voyageurs passent aux abords du campement sans remarquer rien d’insolite. Un employé de Marseille, M. Ricard, qui va prendre un autobus pour Forcalquier, est pourtant assez surpris du désordre qui règne autour de la Hillmann : les portes de la voiture sont ouvertes, les objets sont disposés par terre de façon hétéroclite.
Mais M. Ricard ne s’inquiète pas : il aperçoit en effet l’un des campeurs endormi. Chose curieuse, celui-ci paraît couché sous son lit de camp ; on voit juste ses pieds qui dépassent… Tout cela est bizarre, mais pourquoi s’occuperait-on du comportement d’autrui ? M. Ricard poursuit sa route.
Enfin les gendarmes arrivent, conduits par l’adjudant-chef Romanet. Ils découvrent alors la terrible réalité. La petite étrangère n’est pas la seule victime. Ses parents aussi sont morts, tués à coups de fusil.
Mme Mme Drummond a reçu trois blessures mortelles. Sa robe à fleurs est maculée de sang. Sir Jack a dû tenter de se défendre. De nombreuses plaies m’arquent son corps et ses membres. Sans doute a-t-il pu encore marcher, car à plusieurs mètres de son cadavre on retrouve une grosse mare de sang imprégnant le sol sur trois centimètres de profondeur.
Quant à Elizabeth, elle a été tuée à coups de crosse. Son corps est intact, mais elle a reçu deux affreuses blessures à la tête, partant l’une de la base du nez, l’autre du front. Le second coup a fait éclater la boite cranienne.
Le petit cadavre git à quelque cent mètres de ceux de ses parents. La fillette a-t-elle essayé de s’enfuir ? On ne le croit pas car elle est sans chaussures et ses plantes de pied ne portent pas de trace de terre ou d’éraflure de cailloux. Alors pourquoi le corps se trouve-t-il là ?
Le maire de Lurs a convoqué le médecin légiste. Dès 8 heures du matin le docteur Dragon arrive. Sa première constatation est que la rigidité cadavérique est beaucoup plus grande chez M. et Mme Drummond que chez la petite. Il considère que celle-ci est morte environ trois heures après ses parents.
Le triple assassinat semble incompréhensible. Malgré le désordre, rien ne semble avoir été volé dans la voiture. Il ne s’agit pas non plus du crime d’un sadique. Pour quel motif s’est-on ainsi acharné sur d’inoffensifs touristes ?

La famille Drummond intrigue

Les Drummond ne sont pas vraiment des Britanniques comme les autres. Sir Jack, chercheur en diététique de renom, aurait eu accès au bureau de Churchill pendant la guerre. Si l’on en croit la presse londonienne, son épouse Ann aurait rendu des services au contre-espionnage. La Provence bruit de rumeurs où il est question de Résistance, d’argent et de règlements de compte. Mais si l’affaire connaît un tel retentissement (le procès Dominici sera plus suivi que le Tour de France de la même année), c’est bel et bien parce que le troisième cadavre est une enfant. Elizabeth avait dix ans et son assassinat à coups de crosse va rapidement devenir la matière principale des journaux français en manque de sensationnel en ce morne et creux mois d’août.
Car l’affaire Dominici est aussi la première affaire médiatique du siècle avec tout ce que cela implique comme dérapages.

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