Mais où sont passés les vrais nobles en 1789 ?

La noblesse bénéficie de privilèges honorifiques (port de l’épée, droit de chasse, banc à l’église) et de privilèges utiles (exemption des impôts royaux, possibilité de prélever des droits seigneuriaux).
A côté de la noblesse d’épée dont l’origine remonte au Moyen Age, il existe une noblesse de robe, titre qui s’acquiert par l’achat de charges parlementaires ou bien par le service du roi.

Pour survivre, des nobles appauvris augmentent leurs droits seigneuriaux et se montrent parfois très durs avec les paysans. Pourtant, certains nobles sont si populaires qu’en 1789 les habitants de leurs bourgs les élisent maires.
Lors de la rédaction des cahiers de doléances, près de la moitié des nobles réclame la liberté de pensée et de presse ainsi que la fin de l’arbitraire royal.
Certains iront même jusqu’à proposer l’abolition de l’ordre de la noblesse!

Les privilèges de la noblesse en 1789

La noblesse bénéficie de privilèges honorifiques et de privilèges utiles

Si la vénalité des offices soulève déjà de vives protestations, celle des grades dans l’armée provoque, depuis longtemps, une véritable indignation, dont les cahiers de la noblesse se font le vibrant écho. Là aussi, le phénomène remonte à la fin du 17e siècle, puisque, dès la Régence, on prend des mesures pour réserver aux nobles d’ancienne souche les grades de l’armée. Par achat de compagnies, voire de régiments, les nouveaux nobles barrent l’avancement des anciens. Nombre d’auteurs, du comte de Quincy au chevalier d’Arc, se sont préoccupés de ce lancinant problème, offrant des solutions dont l’esprit se retrouve dans l’édit du comte de Saint-Germain (1776), supprimant la finance dans tous les emplois militaires, mais par étapes, le Trésor étant incapable de rembourser d’un seul coup toutes les commissions d’officiers. L’ordonnance de Ségur, en 1781, avait amplifié cette réforme en exigeant quatre degrés de noblesse pour être officier, ce qui était réparer une injustice par une autre injustice.
En dépit de ces deux mesures protectionnistes, la finance et la haute noblesse avaient tourné la difficulté, obtenant même la création d’un nouveau grade, celui de major en second, toujours donné à quelques protégés de la cour. C’est contre cette innovation que proteste la noblesse de La Rochelle : « L’ordre n’est pas moins affligé de voir la différence marquée que les mêmes ordonnances établissent entre les gens de la cour, ou présentés, et la noblesse qui habite la province ; le grade de major en second, affecté de manière positive à la portion de gens à crédit qui, sans avoir encore mérité, obtiennent les régiments et réduisent en fait le reste de la noblesse à la perspective du grade de lieutenant-colonel, tout espoir au delà devient illusoire, ce qui dégoûte un grand nombre d’officiers précieux par leurs connaissances, prive les régiments de la classe la plus intéressante de leurs chefs et répand un découragement général… »
Quant à la noblesse de Bouzonville, en Lorraine, elle déclare franchement : « La noblesse militaire devient financière ; les gouvernements, les commandements sont l’apanage de la noblesse de cour… » Puis elle ironise : « Un enfant à peine échappé du collège vient, avec un étalage de luxe humiliant pour les autres, apprendre à un capitaine de grenadiers ce que ce dernier avait appris à son père… » La suppression de la vénalité des charges, la reconnaissance du mérite personnel, l’accès de tous, sans restriction, aux plus hauts grades militaires, la garantie des libertés individuelles contre le despotisme ministériel, tels sont les principaux vœux de la noblesse provinciale. Elle ne dissimule pas sa rancœur contre la Cour, sa haine des « traitants » qui ont avili la noblesse en l’achetant, et sa défiance à l’égard de l’absolutisme royal, qui a détruit peu à peu les droits de la noblesse primitive et restreint ses libertés.

Privilèges et doléances de la noblesse en 1789

La plupart des cahiers de la noblesse montrent le souci des nobles provinciaux de recouvrer le rôle traditionnel de leurs ancêtres dans la vie locale, alors que la haute noblesse, plus consciente d’une évolution économique, dont elle entend profiter, se rapproche des vues du Tiers Etat et s’oppose à celles, jugées surannées, de la noblesse de province, qui n’a pas comme elle, pour vivre, la ressource de plantations à Saint-Domingue, d’actions dans les premières compagnies industrielles ou d’alliances avec les financiers.
Il faut noter, aussi, que les fractions de cette noblesse n’envisagent pas de la même manière la régénération du royaume. Etrillée par les intendants, victime en maintes occasions du despotisme ministériel, la noblesse de province se montre hostile à tout accroissement de la centralisation et revendique, au contraire, plus d’autonomie, avec une administration locale confiée à des hommes nés dans le pays. Les nobles de certaines provinces demeurent très particularistes ; ils veulent bien être dans le royaume, mais non du royaume, se proclamant provençaux ou artésiens, béarnais ou lorrains avant que d’être français. Quant à la noblesse bretonne, déjà en rébellion contre le pouvoir au cours du siècle, elle refuse de s’assembler pour élire ses députés aux Etats généraux, estimant cette réunion contraire à l’acte de rattachement de la Bretagne à la couronne.

Le sang des nobles versé sur l'échafaud

Dès les premières séances des Etats généraux, ces positions si tranchées seront adoucies, ébranlées, voire inversées. Par calcul autant que par courtoisie naturelle, la noblesse de cour et, particulièrement, le président de l’ordre, le duc de Montmorency-Luxembourg, ont fait bon accueil aux députés de la noblesse de province, ce qui a dissipé en partie les préjugés de ceux-ci et désarmé leur acrimonie. Bientôt, les premiers combats, ceux des rues comme les joutes oratoires de l’Assemblée, montreront la fragilité du pouvoir et provoqueront de curieux revirements. Tous ceux qui avaient déclamé contre l’absolutisme royal y voient maintenant un refuge, un rempart contre les attaques dont l’ordre de la noblesse est devenu l’objet. Des anoblis récents, comme Cazalès ou d’Eprémesnil, des nobles frondeurs comme le comte d’Antraigues, tous célèbres pour leurs luttes contre le gouvernement, changent brusquement de tactique en voyant menacée cette caste à laquelle, pour certains, ils viennent seulement d’accéder. Par une étrange métamorphose, ils deviendront les royalistes les plus acharnés, les tenants d’un absolutisme renforcé pour lutter contre une révolution qu’ils ont, en partie, déclenchée.
Ultime paradoxe, la Révolution, la Terreur et l’émigration vont réconcilier les différentes catégories de noblesse et les fondre dans le moule du malheur, pour en faire une nouvelle race, anoblie concrètement par le sang versé sur l’échafaud ou, à l’armée de Condé, aguerrie par les tribulations de l’exil et, forte de nouveaux préjugés ou de nouvelles rancœurs, toute prête à batailler contre ces nouveaux « traitants » que sont les acquéreurs de biens nationaux.

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