Après la bataille, chacun rentre chez soi

Le 22 mars, la prise de Montjean, en bord de Loire, a parachevé le contrôle des Mauges par les Blancs. En moins de deux semaines, Cathelineau, Stofflet, D’Elbée et Bonchamps se sont rendus maîtres de la totalité de ce territoire et disposent de 35 000 combattants, réunis à Chemillé.
Mais les paysans-soldats, persuadés d’avoir définitivement chassé les patauds, rentrent chez eux afin de passer Pâques en famille, en dépit des exhortations des quatre généraux, qui finissent par faire de même. C’est le vice et le défaut de cette armée de paysans.

Né vers 1740 près de Cholet, Charles-Vincent de Beauvau se distingue avant la Révolution par une vie dissolue qui lui vaut d’être embastillé à plusieurs reprises.
D’un anticléricalisme farouche, connu pour des écrits inspirés des Lumières qui lui valent le surnom de « Danton des Mauges », ce rejeton d’une illustre famille adhère très tôt au nouveau régime.
Beauvau est le commandant civil et militaire de Cholet lorsque l’insurrection vendéenne éclate.
Partant affronter Cathelineau et Stofflet dans une expédition dont il ne reviendra pas, il lance à l’adresse de Choletaises venues aux nouvelles : « Préparez vos chaudrons, nous allons faire de la fressure ! » Allusion à une soupe locale, à base de… sang de cochon.

Où sont les troupes républicaines

Dans cette frénésie qui agite quatre départements, où sont les troupes républicaines ? Les seules gardes nationales, et encore sont-elles fragmentées, dispersées, par petites formations, ont supporté le choc formidable. Les districts, les départements, les villes s’appellent mutuellement au secours. La Loire-Inférieure écrit aux départements voisins : « Frères et amis, notre département est en feu ”.
Nantes isolée au sein d’une mer démontée entend les propositions les plus inattendues. Par exemple, le Conseil du département décide d’armer les Hollandais détenus dans les prisons et de les charger du soin de la défense ; le citoyen Dobrée en prendra le commandement.
Le Maine-et-Loire parle d’envoyer des secours à Nantes : mais le pourra-t-il ? Lui-même réclame de l’aide. Un corps d’armée formé à Doué, toujours de gardes nationales. se prépare. Un autre se rassemble à Thouars, dans les Deux-Sèvres. Mais peut-on compter sur leur solidité ? Ces gardes nationales aussi hostiles que les insurgés au principe d’une armée qui les emmènerait combattre aux frontières, pénétrées d’une même horreur pour tout ce qui pouvait ressembler à la milice, ne marchent hors de leurs communes qu’avec répugnance. Pour faire exécuter la loi, il eût fallu des soldats étrangers au pays. Quand des troupes régulières arriveront, après des semaines de luttes inégales, il sera trop tard ; elles se heurteront non pas à des chefs sans passé, mais à des généraux ayant servi sous l’Ancien Régime et à des troupes plus difficiles à vaincre, parce que déjà plus ou moins organisées.

Ca ira et on les battra

Durant tout le mois de mars, il y a bien peu de soldats de ligne dans les Mauges embrasées. Ils apparaissent pour la premiere fois dans les combats, le 16, à Coron, district de Vihiers. Aux gardes nationales on a joint 50 dragons, 120 hommes de Saumur, 12 artilleurs avec un canon. En tout, 2000 hommes la plupart armés de fourches et de broches à rôtir ; comme les Vendéens. Le citoyen Avril en a pris le commandement, assisté de Grignon, commandant la brigade du Midi. Les masses paysannes attendent de pied ferme en chantant : « Ça ira et on les battra « .
Les Républicains ne soupçonnent pas un instant que l’armée adverse s’élève à 7000 ou 8000 hommes. Accueillis par une vive fusillade, ils se dispersent sans coup férir, abandonnant aux vainqueurs un magnifique canon provenant du château de Saumur qui porte sur la culasse une tête de nègre. Les Vendéens le baptisent Marie-Jeanne. Il prend rang à côté du Missionnaire. La déroute de Coron ne se borne pas au district, elle roule vers Doué, entraînant les populations sur la route.

Le vice congénital des Vendéens

A peine victorieuse, elle se fragmente: chacun rentre chez soi. Seuls restent les chefs, à peine entourés d'une faible garde.

Angers s’effraie, avec d’autant plus de raison qu’un autre désastre vient dans les mêmes jours briser ses médiocres défenses. Le département avait chargé le sieur Gauvillier, inspecteur de la Régie et des Domaines, de mener trois cent cinquante gardes nationaux à la bataille et de reprendre les villes perdues. Gauvillier reprend Montjean et Jallais, aidé par une autre colonne de gardes nationaux. Mais le lendemain, 18 mars 1793, sa troupe, heurtée à une bande plus forte que commande d’Elbée, se replie en désordre vers Angers.
Les insurgés vont exploiter leur victoire. Le 19 mars, Stofflet et d’Elbée, dont les troupes se sont grossies au bruit des triomphes, surtout celui de Chemillé, songent à prendre maintenant Chalonnes. Comme à la veille de Cholet, les assaillants sommeront la ville de se rendre. Le maire, Vial, répond en disant aux habitants : « Il faut vaincre ou mourir ». La majorité du Conseil l’approuve. La défense serait facile ; des murs crénelés entourent la ville, des barricades coupent les rues. Mais les gardes nationaux, gens du pays, ne sont pas d’humeur guerrière et se débandent sans tirer un coup de fusil. Une vingtaine à peine tentent sans résultat de résister. Les paysans entrent en chantant. Ils pillent la maison du maire ils saccagent sa riche bibliothèque. ils se grisent de gloire et de vin d’Anjou.
Le lendemain 22 mars, à Chalonnes, débouche une autre armée paysanne, celle de Cathelineau. Après la prise de Cholet, Cathelineau a quitté le gros des troupes pour assurer la défense de sa région. Il y a là à Chalonnes, Cathelineau, d’Elbée, Stofflet, Bonchamps ; c’est déjà la Grande Armée. C’en est tout au moins l’élément le plus important : l’armée d’Anjou. Armée bien singulière, bien hétéroclite d’aspect, avec ses vingt canons de tous calibres, les uns sur affût, les autres dans des charrettes, les uns de bronze, les autres de bois, ceints de cercles de fer. Armée bien étrange avec ses cent cavaliers sans selle, les pieds passés dans des cordes en guise d’étriers ; avec ses quatre mille fantassins hirsutes dont la moitié seulement porte des fusils. Armée qui s’évanouit avec la même rapidité qu’elle se forme et ce sera là son vice congénital, son vice irrémédiable. A peine maîtresse de Chalonnes, elle se fragmente, elle se dilue : chacun rentre chez soi. Seuls restent les chefs, à peine entourés d’une faible garde.
Angers n’en est pas plus rassurée. Vial obtient le cloître de l’abbaye Saint-Aubin pour y réunir les jeunes gens qui voudraient l’aider à venger l’affront et à reprendre la ville. Il parviendra à rassembler péniblement 120 soldats.

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