Renée Bordereau sert Dieu et le roi

Renée Bordereau a vingt-trois ans en 1793. Les Bleus ont massacré 42 membres de sa famille et tué son père sous ses yeux. Cette fille de paysans se procure un fusil et quand elle est sûre de son tir, elle rejoint les 500 hommes de sa paroisse qui se placent sous le commandement de M. Cœur-le Roi. Elle est habillée en homme et ses compagnons la surnomment « Langevin ».

Renée Bordereau est de toutes les victoires, de toutes les défaites.

Langevin va servir Dieu et le roi pendant toutes les guerres de Vendée, aux côtés des plus grands généraux de la contre-révolution : Lescure, Bonchamps, Cathelineau, la Rochejacquelein, Stofflet… Elle est de toutes les batailles, de toutes les victoires et de toutes les défaites. Renée Bordereau joue du sabre et du pistolet, à cheval ou à pied, avec une adresse redoutable. Elle est un soldat efficace et rusé. Onze hussards tombent devant elle à Vihiers. Au Pont de Cé, en septembre 1793, elle sabre vingt et un Bleus en un seul jour, brisant son arme sur la tête du dernier. A Chemillé, elle tue deux républicains en même temps, l’un d’un coup de feu, l’autre de sa lame. Elle reçoit une balle dans la jambe, une autre sous l’oreille. Blessée au bras droit, elle s’entraîne à tirer de la main gauche. Avec huit compagnons seulement, elle bloque le Pont de Cé, prend six cents Bleus à revers et ceux-ci, en déroute, ignorant le nombre d’hommes qu’ils ont en face d’eux, se jettent dans la Loire. Elle récidive avec vingt-cinq soldats. Ils sont mille, cette fois à se noyer.
A Gêté, elle retient les fuyards, prétendant amener mille hommes en renfort, alors qu’elle n’arrive qu’avec cinq cents. Au Mans, elle ne quitte pas le champ de bataille de cinq heures du matin à quatre heures du soir et, quand elle n’en peut plus, ramasse les boulets des ennemis pour les porter à ses propres canonniers. Langevin est sans faiblesse pour les Bleus, mais elle est juste et honnête. Face à un de ses propres oncles, républicain convaincu et responsable de la mort d’une partie de sa famille, elle n’a aucune hésitation : « Je lui coupai le cou, dit-elle, sans que je l’aie vu souffler », mais à Château-Gontier, elle fait épargner un commissaire de la République parce qu’il a abrité des prêtres et lui fait restituer argent et montre. Plus tard, elle tire sur un soldat de son propre camp qui la vole et fait fusiller un commandant de cavalerie qu’elle a surpris en train de violer une femme.

Renée Bordereau est sans faiblesse pour les Bleus

Si elle est prête à se battre en duel pour trois vaches, c’est parce qu’elles serviront à nourrir des blessés, si elle récupère, sans sourciller, à la baïonnette d’un Bleu, deux poulets embrochés qui encadrent le corps empalé d’un enfant de six mois, c’est pour aussitôt le partager avec les demoiselles Fardeau de Beaulieu et deux compagnons.
Le comte et la comtesse de le Bouère lui doivent la vie, de même Mademoiselle de Grignon, paralytique, qu’elle a si souvent portée dans ses bras, d’arbres creux en buissons de genêts, pour la soustraire aux recherches. Elle est de ceux qui sauvent, un matin, les huit cents femmes de Chemillé qui doivent être exécutées l’après-midi. Elle est là, aussi, au mont Saint-Michel, pour libérer les quatre cent cinquante prêtres qui y sont détenus.
Après la pacification de Nantes, Langevin continue d’être recherché. Sa tête vaut quarante mille francs, le maire de Potevinière est prêt à en ajouter dix mille de sa propre bourse. « La paix n’est point faite pour lui, nous avons ordre de le couper par morceaux », vocifèrent les soldats qui investissent le moulin des Bréfières où Renée Bordereau est réfugiée.
Ils ne la trouveront pas. Elle a adopté le meilleur déguisement : un vêtement féminin. Quelques temps plus tard on l’arrête cependant, mais par erreur : on l’accuse du viol de la fille d’un brigadier d’Argenton ! Le maire d’Isernay, M. de Méran, la sauve en témoignant de son identité et de son sexe.

Arrêtée, enchaînée et incarcérée

Plus tard à Chollet, elle est arrêtée à nouveau, confondue cette fois. On l’envoie à la prison d’Angers, garrottée à quinze autres prisonniers, escortée de deux cents hommes. Elle est aux fers, pendant dix-huit mois, avant que ne soit ordonné son transfert : « Vous avez toujours été à la tête d’une colonne de six hommes, on va encore vous y mettre », et on l’enchaîne à la tête d’une colonne de six hommes qui part, à pied, pour le mont Saint-Michel. Elle y croupit deux ans, au pain et à l’eau, sans feu ni couverture, jusqu’au rétablissement de la monarchie. A sa sortie de prison, elle est décorée du Lys par Son Altesse royale le duc de Berry et Louis XVIII, reconnaissant, lui alloue une pension qui lui permet de s’occuper des deux enfants d’un de ses frères. Elle rédige ses mémoires parce qu’on l’en prie, puis s’éteint, en 1824, malade depuis longtemps, ayant, selon la promesse qu’elle avait faite trente et un ans plus tôt : sacrifié son corps au roi et offert son âme à Dieu.

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